Ce matin en lisant le Psaume 4, je me suis arrêté au verset 3. Une déclaration courte, dense, prophétique, qui résonne comme un appel direct adressé à chaque croyant.
Mais sachez que l’Éternel s’est choisi l’homme pieux. L’Éternel écoutera quand je crierai vers lui.
Une seule phrase. Et pourtant quand on remonte au texte hébreu original, cette phrase contient une révélation sur l’identité et la vocation du croyant qui dépasse de loin ce que nos traductions modernes restituent. Elle pose une question que chacun doit se poser personnellement. Es-tu l’homme pieux que l’Éternel s’est choisi ?
Le texte hébreu original : וּדְעוּ כִּי הִפְלָה יְהוָה חָסִיד לוֹ
Le texte hébreu massorétique du verset 4 dit : וּדְעוּ כִּי הִפְלָה יְהוָה חָסִיד לוֹ יְהוָה יִשְׁמַע בְּקָרְאִי אֵלָיו, udeou ki hiflah YHWH hasid lo YHWH yishma beqori elav.
Soit mot à mot : et sachez que l’Éternel a mis à part de façon extraordinaire pour lui le hasid, l’Éternel entend quand je crie à lui.
Deux mots hébreux portent toute la révélation de ce verset et méritent d’être examinés avec précision.
Premier mot clé : חָסִיד (hasid), l’homme pieux
Le mot חָסִיד, hasid, est un adjectif formé sur la racine חֶסֶד, hesed, l’un des mots les plus riches et les plus difficiles à traduire de tout l’hébreu biblique.
Le hesed désigne simultanément l’amour fidèle, la bonté inébranlable, la loyauté dans l’alliance, la grâce de l’engagement covenant et la miséricorde profonde. C’est le mot que Dieu utilise pour décrire son propre caractère envers son peuple en Exode 34:6 où il se révèle comme riche en hesed, abondant en grâce et en vérité.
Le hasid est donc l’homme qui reflète dans sa vie le hesed de Dieu. Il n’est pas simplement un homme religieux ou pratiquant. Il n’est pas simplement quelqu’un qui respecte des règles extérieures ou qui va à l’Église régulièrement. Il est l’homme dont le cœur est aligné avec le caractère même de Dieu dans sa fidélité, sa bonté loyale et son amour de l’alliance.
La version Darby traduit l’homme pieux. La version Ostervald traduit un bien-aimé. Et c’est cette traduction d’Ostervald qui révèle quelque chose de décisif. Le hasid est le bien-aimé de Dieu, celui qui vit dans la réciprocité de l’amour de l’alliance.
Pas simplement quelqu’un qui aime Dieu de loin, mais quelqu’un dont la relation avec Dieu est si profonde et si réelle qu’elle produit en lui le reflet du hesed divin dans tous les domaines de sa vie.
Nos traductions françaises traduisent hasid par homme pieux mais ce mot pieux dans notre culture évoque souvent quelqu’un de dévot, de religieux, de vertueux en apparence. Le hasid hébreu est infiniment plus profond. C’est l’homme de l’alliance vivante, l’homme dont le cœur bat au rythme du hesed de Dieu.
Deuxième mot clé : הִפְלָה (hiflah), mis à part de façon extraordinaire
Le verbe הִפְלָה, hiflah, vient de la racine פָּלָה, palah, qui signifie distinguer, mettre à part, séparer de façon remarquable et extraordinaire, comme on sépare quelque chose de précieux de ce qui est ordinaire. Ce n’est pas simplement choisir au sens courant du terme. C’est élever au-dessus, singulariser, distinguer avec éclat.
Quand le psalmiste dit sachez que l’Éternel s’est choisi un hasid il pensait à la protection immédiate et infatigable que le cheik accordait à celui qu’il avait adopté comme fils, et au dévouement enthousiaste et à la loyauté passionnée que celui-ci vouait en retour à son père.
Ce n’est pas une relation ordinaire. C’est une relation d’alliance exclusive, profonde et transformatrice.
L’Éternel a mis à part le hasid de façon extraordinaire. Pas de façon ordinaire. Pas comme il met à part n’importe qui. De façon hiflah, distinguée, remarquable, singulière.
Le hasid dans tout le Psautier
Ce mot hasid et son pluriel chasidim traversent tout le Psautier comme un fil conducteur qui désigne toujours les mêmes personnes : ceux qui vivent dans l’alliance réelle et vivante avec Dieu.
Psaume 31:24 dit : aimez l’Éternel, vous tous ses bien-aimés, ses chasidim. L’amour de Dieu est la marque distinctive du hasid.
Psaume 86:2 dit : protège mon âme car je suis hasid, car je suis de ceux qui vivent dans l’alliance fidèle avec toi.
Psaume 97:10 dit : l’Éternel garde les âmes de ses chasidim, il les délivre de la main des méchants. La protection divine est la promesse spécifique accordée au hasid.
Et Psaume 149:5, le verset qui m’avait arrêté ce matin il y a quelques jours, dit : que les chasidim exultent de gloire, qu’ils poussent des cris de joie sur leurs couches. Les mêmes chasidim du Psaume 4 exultent dans leur intimité la plus profonde parce que leur relation avec Dieu est réelle, vivante et joyeuse.
Le hasid du Psaume 4 et les chasidim du Psaume 149 sont les mêmes personnes. Ce sont ceux que l’Éternel a mis à part de façon extraordinaire et qui en retour lui donnent leur loyauté totale et leur amour de l’alliance.
La connexion avec le hagios grec du Nouveau Testament
Ce que le Psaume 4 appelle hasid en hébreu, le Nouveau Testament l’appelle ἅγιος, hagios, en grec. Et ces deux mots désignent la même réalité vue depuis les deux Testaments.
Hagios signifie saint, séparé, mis à part pour Dieu, consacré à sa gloire. Et c’est exactement ce que hiflah dit dans le Psaume 4:4. L’Éternel a mis à part pour lui, hiflaH, de façon extraordinaire, le hasid. En grec cela donnerait : Dieu a sanctifié pour lui, a mis à part comme hagios, l’homme de l’alliance.
Ce lien entre hasid et hagios est fondamental parce qu’il montre que l’identité du croyant n’a pas changé entre les deux Testaments. David était hasid. Les croyants de Corinthe et d’Éphèse étaient hagioi.
Et le croyant d’aujourd’hui est appelé à la même réalité. Être mis à part de façon extraordinaire par Dieu. Refléter son hesed dans tous les domaines de sa vie. Vivre dans l’alliance réelle et non dans la tradition religieuse extérieure.
Et c’est exactement pour cela que j’ai récemment publié une étude sur la différence entre se voir comme un chrétien et se voir comme un saint. Cette distinction n’est pas une invention moderne. Elle est ancrée dans la plus ancienne tradition hébraïque du Psautier lui-même.
Le hasid n’est pas simplement quelqu’un qui a l’étiquette religieuse. C’est quelqu’un que Dieu a mis à part de façon extraordinaire et qui vit cette mise à part dans la réalité concrète de sa vie quotidienne.
Ce que cela signifie pour la prière
La deuxième partie du verset 4 est tout aussi révélatrice. L’Éternel écoutera quand je crierai vers lui. La promesse de l’écoute divine est directement liée à l’identité du hasid.
Ce n’est pas l’Éternel entend tout le monde sans distinction. C’est l’Éternel entend le hasid, celui qu’il a mis à part pour lui, celui qui vit dans l’alliance réelle avec lui. Psaume 66:18 confirme cette réalité : si j’avais médité l’iniquité dans mon cœur le Seigneur ne m’eût pas exaucé.
Et 1 Jean 3:22 dit : nous recevons de lui tout ce que nous demandons parce que nous gardons ses commandements et que nous faisons ce qui lui est agréable.
L’efficacité de la prière est liée à la réalité de l’alliance. Et la réalité de l’alliance se manifeste dans l’obéissance aux commandements de Dieu, dans le hesed vécu au quotidien, dans la vie du hasid authentique et non seulement déclaré.
La question que ce verset pose à chaque croyant
David commence par dire sachez. Udeou en hébreu. C’est un impératif. Sachez. Prenez conscience. Comprenez. Ce n’est pas optionnel. C’est une invitation urgente à la prise de conscience.
L’Éternel s’est choisi le hasid. Et la question qui découle de cette déclaration est incontournable. Es-tu ce hasid ? Es-tu l’homme de l’alliance vivante ? Es-tu l’homme que l’Éternel a mis à part de façon extraordinaire ? Ou portes-tu simplement l’étiquette sans vivre la réalité ?
Car le hasid n’est pas celui qui se déclare pieux. C’est celui dont la piété est réelle, intérieure, ancrée dans l’amour de l’alliance, visible dans les fruits de sa vie et confirmée par l’écoute divine de ses prières.
L’Éternel s’est choisi l’homme pieux. Il a mis à part le hasid de façon extraordinaire. Et cette mise à part extraordinaire appelle une réponse tout aussi extraordinaire. Non pas la tradition religieuse. Non pas l’étiquette chrétienne. Mais la vie réelle du hasid, de l’homme de l’alliance, de celui que Dieu a distingué et qui lui rend en retour toute sa fidélité, tout son amour et toute sa loyauté.
Es-tu cet homme ? Es-tu cette femme ?
Si cette question t’interpelle et que tu veux comprendre plus profondément la différence entre porter l’étiquette religieuse et vivre la réalité de cette identité que Dieu appelle, je t’invite à lire ma publication intitulée « Arrête de te voir comme un chrétien et commence à te voir comme un saint ».
Serge le prédicateur t’encourage




