Il existe dans certains milieux chrétiens une formule que l’on sort avec une assurance tranquille, comme on sort une carte maîtresse. Une formule qui clôt les débats avant même qu’ils commencent. Une formule qui a le mérite apparent d’être simple, logique, et même spirituellement respectable.
Cette formule, vous la connaissez. Vous l’avez entendue. Peut-être même l’avez-vous utilisée.
Elle ressemble à ceci : « À ce moment-là, l’Église n’était pas encore née. »
On la sort quand Jésus dit quelque chose qui dérange. On la sort quand un verset de l’Évangile contredit une doctrine qu’on tient à conserver. On la sort pour Matthieu 24, pour les commandements, pour le sabbat, pour la loi de Dieu. Et elle semble fonctionner, parce qu’elle a l’air d’un argument théologique sérieux.
Mais aujourd’hui, nous allons la suivre jusqu’au bout. Pas pour humilier celui qui l’utilise. Mais pour montrer honnêtement où elle mène quand on refuse de s’arrêter à mi-chemin.
L’argument présenté
Voici ce que l’on nous dit concernant Matthieu 24, et en particulier le verset 20 où Jésus demande à ses disciples de prier pour ne pas fuir un jour de sabbat. L’objection est formulée ainsi : « Parce qu’à ce moment, l’Église de Christ n’était pas encore née. Dans Matthieu 24, Christ s’adressait à des Juifs, les apôtres, et non à Son Église actuelle, qui prit naissance le jour de la Pentecôte. Actes chapitre 2. C’est pourquoi il leur parle de choses concernant les Juifs, et le culte juif, mais aussi de la géographie d’Israël. »
Voilà l’argument dans sa forme complète. Prenons-le au sérieux. Suivons-le pas à pas.
Première erreur : couper la Bible selon sa convenance
Si les apôtres à qui Jésus s’adresse dans Matthieu 24 sont « des Juifs et non l’Église », alors il faut être cohérent et appliquer ce principe à tout l’Évangile de Matthieu sans exception.
Or, dans ce même Évangile, au chapitre 28, versets 19 et 20, Jésus s’adresse aux mêmes hommes, dans le même groupe, après sa résurrection, et leur dit : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. »
C’est la Grande Commission. C’est le mandat fondateur de l’Église universelle. Et elle est adressée aux mêmes apôtres qu’on vient de nous décrire comme de simples Juifs ne représentant pas l’Église.
La question est simple : si Matthieu 24 ne concerne pas l’Église parce que les apôtres sont « juste des Juifs », est-ce que la Grande Commission de Matthieu 28 ne concerne pas l’Église non plus ? Personne ne veut aller jusque-là. Et pourtant, la logique l’exige.
On ne peut pas décider que les apôtres représentent l’Église quand cela nous arrange, et qu’ils ne la représentent pas quand un verset nous dérange. Ce n’est pas de la théologie. C’est de la sélection.
Deuxième erreur : ignorer qu’Éphésiens 2:20 fait des apôtres le fondement de l’Église
Paul écrit aux Éphésiens, parlant de l’Église, ceci : « vous avez été édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre angulaire. »
Le fondement de l’Église, ce sont les apôtres. Ces mêmes apôtres qui reçoivent l’enseignement de Matthieu 24. Ces mêmes hommes à qui Jésus dit de prier pour ne pas fuir un jour de sabbat.
Si ces hommes ne sont pas l’Église, alors l’Église n’a pas de fondement. Si leur enseignement ne concerne pas l’Église, alors le fondement de l’Église ne la concerne pas. C’est une contradiction que l’argument dispensationaliste ne peut pas résoudre.
Troisième erreur : confondre la naissance de l’Église avec la Pentecôte
On nous dit que l’Église est née le jour de la Pentecôte, Actes chapitre 2. C’est une affirmation populaire dans certaines traditions, mais elle résiste mal à l’examen du texte.
Jésus dit en Matthieu 16:18, bien avant la Pentecôte : « Je bâtirai mon Église. » Il la bâtissait. Elle était en construction. Les disciples, les femmes qui le suivaient, les 120 réunis dans le cénacle avant même la descente du Saint-Esprit, formaient déjà une communauté rassemblée au nom de Christ, attendant la promesse du Père.
La Pentecôte n’est pas la naissance de l’Église. C’est le baptême du Saint-Esprit sur une Église déjà constituée. C’est l’investiture de puissance, pas la création d’une entité qui n’existait pas. La distinction est capitale.
Quatrième erreur : la plus grave de toutes
C’est ici que l’argument se retourne fatalement contre celui qui l’utilise.
On nous dit que Matthieu 24 concerne les Juifs et non l’Église, parce que l’Église n’était pas encore née. Très bien. Mais regardons ce que contient ce même chapitre dont on vient de nous dire qu’il ne concerne pas l’Église.
Matthieu 24:21 parle de la grande tribulation, « telle qu’il n’y en a pas eu depuis le commencement du monde jusqu’à présent, et qu’il n’y en aura jamais. »
Matthieu 24:24 parle de faux christs et de faux prophètes qui séduiront si possible même les élus.
Matthieu 24:27 parle du retour du Fils de l’homme, visible de l’orient jusqu’à l’occident.
Matthieu 24:30 parle du signe du Fils de l’homme dans le ciel, de toutes les tribus de la terre qui se lamenteront, et du Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire.
Matthieu 24:31 parle des anges qui rassembleront les élus des quatre vents.
Si Matthieu 24 ne concerne que les Juifs et non l’Église, alors la grande tribulation ne concerne que les Juifs. Le retour de Christ ne concerne que les Juifs. Le rassemblement des élus ne concerne que les Juifs.
Est-ce vraiment là où cet argument veut nous emmener ?
Personne ne l’acceptera. Et pourtant c’est la conclusion logique inévitable. On ne peut pas déclarer le verset 20 « juif » et le verset 30 « ecclésial » dans le même discours, dans le même contexte, prononcé d’une seule traite par le même Seigneur. C’est lire la Bible avec des ciseaux, pas avec l’Esprit.
Cinquième erreur : appeler « culte juif » ce que Dieu a institué avant qu’il y ait un seul Juif
On nous parle du « culte juif » pour désigner le sabbat. Cette expression révèle un présupposé qui n’est tout simplement pas dans le texte.
Le sabbat n’est pas institué à Sinaï. Il n’est pas institué sous Moïse. Il est inscrit dans la création elle-même, en Genèse 2:2-3, au septième jour, avant Abraham, avant Israël, avant qu’il y ait une seule nation sur la terre. « Dieu se reposa le septième jour de toute son œuvre qu’il avait faite. Et Dieu bénit le septième jour, et il le sanctifia. »
Appeler cela « culte juif » n’est pas une position exégétique. C’est une tradition transmise par des siècles d’institution ecclésiastique qui avait besoin que le sabbat disparaisse pour justifier autre chose.
Ce que cet argument révèle vraiment
La formule « l’Église n’était pas encore née » n’est pas en soi une erreur. Elle décrit une réalité historique et théologique qui peut être utile dans certains contextes précis. Le problème n’est pas la formule. Le problème est l’usage qu’on en fait.
Quand cette formule devient un passe-partout que l’on sort pour effacer tout verset qui dérange, elle cesse d’être un outil d’exégèse pour devenir un outil d’esquive. Elle ne sert plus à mieux comprendre les Écritures. Elle sert à ne pas les lire.
Et c’est exactement ce dont parlait l’apôtre Pierre en 2 Pierre 3:16 quand il évoquait ceux qui « tordent les autres Écritures pour leur propre perdition. »
Tordre les Écritures ne consiste pas nécessairement à inventer de faux versets. Cela peut consister à compartimenter habilement la Parole pour que certains versets n’atteignent jamais leur cible.
Conclusion
Matthieu 24 n’est pas un chapitre juif. C’est un chapitre prophétique universel adressé par Jésus-Christ aux fondateurs de son Église, concernant des événements qui s’étendent jusqu’à la fin des temps, et incluant son propre retour glorieux.
Jésus a demandé à ses disciples de prier pour ne pas fuir un jour de sabbat. Ces disciples sont le fondement de l’Église. Ce qu’ils ont reçu, ils l’ont transmis. Ce que Jésus leur a commandé de pratiquer, il l’a commandé pour ceux qui lui appartiennent jusqu’à la consommation des siècles.
Le sabbat du septième jour n’appartient pas aux Juifs. Il appartient au Créateur. Et le Créateur en a fait cadeau à l’humanité entière avant qu’aucune nation existe.
Ouvrez vos Bibles. Lisez le texte. Et laissez Jésus vous parler, sans passer ses paroles au filtre de ce qu’on vous a appris à ne pas entendre.
Serge le prédicateur t’encourage




