Ce matin en lisant le Psaume 149 je me suis arrêté au verset 5. Une phrase simple, dense, presque inattendue dans sa profondeur.
Que les saints exultent de gloire, qu’ils poussent des cris de joie sur leurs couches.
Sur leurs couches. Dans leur intimité. Dans ce moment où personne ne regarde. Où il n’y a pas de public. Où il n’y a pas d’Église, pas de groupe WhatsApp, pas de réputation à tenir. Sur leurs couches, seuls avec eux-mêmes et avec Dieu, les saints exultent.
Et j’ai réalisé quelque chose ce matin. Ce verset ne parle pas de chrétiens. Il parle de saints. Et cette distinction n’est pas un détail. Elle change tout.
Le problème de l’étiquette chrétien
Le mot chrétien est devenu dans notre culture et dans nos sociétés un terme si large et si vague qu’il ne dit plus grand-chose sur l’état réel d’une personne devant Dieu.
On est chrétien parce qu’on a été baptisé enfant. On est chrétien parce qu’on va à l’Église le dimanche. On est chrétien parce qu’on est né dans une famille chrétienne. On est chrétien parce qu’on n’est pas musulman ni bouddhiste. On est chrétien parce qu’on connaît les bons passages de la Bible et qu’on sait parler de Dieu avec les bons mots.
L’étiquette est devenue culturelle, sociale, familiale, identitaire. Et cette étiquette peut être portée sans transformation intérieure réelle. Sans nouvelle naissance. Sans alliance vivante avec Dieu. Sans sanctification. Sans amour de la loi. Sans fruit visible de l’Esprit.
Et le danger de cette étiquette c’est qu’elle endort. Quelqu’un qui se voit simplement comme chrétien peut se sentir arrivé. Il a l’étiquette. Il coche la case. Il est dans la tradition. Et il n’a plus de vision claire de ce qu’il doit encore devenir.
L’étiquette chrétien peut cacher une tradition sans alliance, une pratique sans transformation, une appartenance sans nouvelle naissance. Et c’est précisément ce que Dieu ne regarde pas.
Comment les croyants du Nouveau Testament se désignaient eux-mêmes
Voici quelque chose que beaucoup de croyants ne savent pas. Dans le Nouveau Testament les croyants ne se désignaient pas eux-mêmes comme chrétiens dans leur vie quotidienne et dans leurs lettres mutuelles. Le mot chrétien n’apparaît que trois fois dans tout le Nouveau Testament et toujours dans un contexte extérieur, c’est-à-dire pour désigner comment les non-croyants appelaient les disciples.
Mais voici comment Paul et les apôtres désignaient les croyants entre eux.
Romains 1:7 dit à tous ceux qui sont à Rome bien-aimés de Dieu appelés à être saints. Pas appelés à être chrétiens. Appelés à être saints.
1 Corinthiens 1:2 dit à l’Église de Dieu qui est à Corinthe aux sanctifiés en Jésus-Christ appelés saints. Saints. C’est l’identité normale et quotidienne des croyants du premier siècle.
Éphésiens 1:1 dit aux saints qui sont à Éphèse. Philippiens 1:1 dit à tous les saints en Jésus-Christ qui sont à Philippes. Colossiens 1:2 dit aux saints et aux frères fidèles en Christ qui sont à Colosses.
Le mot saint était leur identité. Pas une étiquette externe. Pas un titre honorifique réservé à quelques élus canonisés après leur mort. Mais le nom normal et quotidien de tout croyant régénéré par l’Esprit de Dieu.
Que signifie le mot saint ?
En hébreu le mot est קָדוֹשׁ, qadosh, qui signifie séparé, mis à part, consacré. Et en grec c’est ἅγιος, hagios, qui signifie la même chose. Saint c’est celui qui est mis à part pour Dieu. Séparé du monde et de ses valeurs. Consacré à la gloire de Dieu. Transformé progressivement à l’image de Christ.
Ce n’est pas une perfection instantanée. C’est une direction. C’est un horizon. C’est une identité qui définit ce vers quoi on marche et non ce qu’on est déjà parfaitement.
Et c’est précisément pour cela que se voir comme un saint plutôt que comme un simple chrétien change tout dans la vie pratique du croyant. Parce que l’identité que tu te donnes détermine le niveau d’exigence que tu t’imposes.
Si tu te vois comme un chrétien tu te demandes comment ne pas tomber trop bas. Si tu te vois comme un saint tu te demandes comment monter plus haut. La différence de posture est radicale.
Ce que le Psaume 149 révèle sur le saint
Revenons au verset qui a tout déclenché ce matin. Psaume 149:5 dit que les saints exultent de gloire et poussent des cris de joie sur leurs couches.
Le mot hébreu pour saints ici est חֲסִידִים, chasidim, les bien-aimés, les fidèles, ceux qui sont dans une relation d’alliance vivante et fidèle avec Dieu. Ce ne sont pas des gens qui portent simplement une étiquette religieuse. Ce sont des gens dont la relation avec Dieu est si réelle et si profonde qu’elle produit une joie qui déborde dans leur intimité la plus privée.
Sur leurs couches. Pas à l’Église. Pas devant les autres. Pas en public. Dans leur chambre. Dans leur silence. Dans leur solitude. C’est là que la vraie nature du saint se révèle. Car ce qu’on est seul c’est ce qu’on est vraiment.
Et le saint du Psaume 149 est quelqu’un qui exulte seul. Qui pousse des cris de joie dans son intimité. Parce que sa relation avec Dieu n’est pas une performance publique. C’est une réalité intérieure vivante et joyeuse qui ne dépend pas du regard des autres.
Ce que Dieu attend du saint
1 Pierre 1:15-16 dit avec une clarté absolue : mais comme celui qui vous a appelés est saint vous aussi soyez saints dans toute votre conduite parce qu’il est écrit vous serez saints car je suis saint.
Dieu ne dit pas soyez de bons chrétiens. Il dit soyez saints. Et le modèle c’est lui-même. Sa sainteté est l’horizon. Son caractère est la cible. Sa perfection est la direction vers laquelle la sanctification nous conduit progressivement.
Et dans toute votre conduite. Pas seulement à l’Église. Pas seulement le dimanche. Pas seulement en public. Dans toute votre conduite. Dans la maison. Dans le travail. Dans les relations. Dans l’argent. Dans la sexualité. Dans le langage. Dans les pensées. Dans ce qu’on regarde sur l’écran. Dans ce qu’on fait seul sur sa couche.
Comment se voir comme un saint change la vie pratique
Quand tu te vois comme un simple chrétien tu te demandes jusqu’où je peux aller avant de dépasser les limites. Tu cherches le minimum acceptable. Tu négocie avec les commandements.
Quand tu te vois comme un saint tu te demandes comment ressembler davantage à Christ dans chaque domaine de ta vie. Tu ne cherches pas le minimum. Tu cherches la plénitude. Tu ne négocie pas. Tu obéis par amour.
Et cette différence de regard sur toi-même produit des comportements radicalement différents dans tous les domaines.
Le saint ne ment pas parce que la vérité fait partie de son identité profonde. Le saint n’adultère pas parce que la fidélité est inscrite dans son cœur.
Le saint observe le sabbat parce que l’alliance avec Dieu définit son rapport au temps. Le saint aime son ennemi parce que l’amour de Dieu répandu dans son cœur par l’Esprit déborde naturellement sur ceux qui lui font du mal.
Le saint donne généreusement parce que son cœur n’est pas attaché aux richesses. Le saint chante sur sa couche parce que sa joie ne dépend pas des circonstances extérieures.
Se voir comme un saint ce n’est pas de l’orgueil. C’est accepter l’identité que Dieu te donne et marcher vers l’horizon qu’il a fixé. C’est dire oui à ce que l’Esprit veut produire en toi.
La tradition sans transformation ne produit pas des saints
Il faut nommer honnêtement ce que l’étiquette chrétien peut cacher. Elle peut cacher une tradition familiale sans nouvelle naissance personnelle. Elle peut cacher une participation religieuse sans transformation intérieure réelle. Elle peut cacher une connaissance théorique de la Bible sans obéissance pratique à ses commandements. Elle peut cacher une appartenance communautaire sans alliance vivante avec Dieu.
Jésus lui-même a averti contre cette confusion en Matthieu 7:21-23 quand il dit que beaucoup lui diront Seigneur Seigneur en ce jour-là et qu’il leur répondra je ne vous ai jamais connus. Ces personnes avaient l’étiquette. Elles prophétisaient, chassaient des démons et faisaient des miracles. Elles avaient toutes les apparences extérieures. Mais elles pratiquaient l’anomia, la transgression de la loi de Dieu, et elles n’avaient pas l’alliance intérieure réelle qui fait le saint.
La tradition sans transformation c’est la forme sans la substance. C’est la coquille sans la vie. C’est l’étiquette sans l’identité.
Comment devenir ce saint que Dieu appelle
La sainteté ne vient pas de la volonté humaine. Elle vient de la nouvelle naissance par l’Esprit de Dieu selon Jean 3:3-8. Elle vient de l’Esprit qui inscrit la loi de Dieu dans le cœur selon Jérémie 31:33. Elle vient de la transformation progressive par le renouvellement de l’intelligence selon Romains 12:2. Elle vient de l’amour de la Parole qui devient la méditation de tout le jour selon Psaume 119:97.
Mais elle commence par une décision du regard. La décision de ne plus se voir simplement comme un chrétien de tradition mais comme un saint appelé par Dieu à refléter son caractère dans chaque domaine de la vie.
Éphésiens 4:24 dit revêtez l’homme nouveau créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité. Revêtir l’homme nouveau c’est une décision active. C’est choisir chaque matin de se voir tel que Dieu te voit. Un saint. Séparé pour lui. Consacré à sa gloire. En marche vers sa perfection.
Ce matin le Psaume 149:5 m’a rappelé que les saints exultent seuls sur leurs couches. Pas parce qu’ils performent pour un public. Mais parce que leur relation avec Dieu est réelle, vivante, intime et joyeuse. C’est cela l’identité du saint. C’est cela l’objectif de la sanctification. Et c’est cela que Dieu appelle chaque croyant à devenir, non pas un chrétien de tradition mais un saint de l’alliance.
Serge le prédicateur t’encourage




