La Puissance : le nom que Jésus donne à Dieu devant ses juges
La Puissance : le nom que Jésus donne à Dieu devant ses juges
La Puissance : le nom que Jésus donne à Dieu devant ses juges

La Puissance : le nom que Jésus donne à Dieu devant ses juges

En lisant et en relisant l’évangile de Marc, au chapitre 14 et au verset 62, quelque chose m’a arrêté. Jésus, debout devant le Sanhédrin, répond au grand prêtre en disant qu’il sera vu assis à la droite de la Puissance. Pas à la droite de Dieu. Pas à la droite de l’Éternel. À la droite de la Puissance.

À force de lire et de méditer ce verset, une observation s’est imposée à moi avec une clarté croissante : ce mot n’est pas là pour décrire Dieu. Il est là pour le nommer.

C’est comme si la Puissance était le nom de Dieu lui-même, comme si Dieu était l’alpha et l’oméga de toute puissance, non pas parce qu’il en possède, mais parce qu’il l’est.

C’est de cette observation, née de la lecture simple et répétée du texte, que mon étude est partie. Et ce que les manuscrits grecs, l’hébreu et l’araméen confirment dépasse largement ce que j’anticipais. Ce n’est pas une tournure stylistique.

Ce n’est pas une périphrase de pudeur. C’est une révélation sur l’être même de Dieu, inscrite dans la langue, attestée dans la liturgie juive, et prononcée par Jésus au moment précis où toute puissance humaine semblait l’avoir écrasé.

Le texte grec original et les grands manuscrits

Le texte grec de Marc 14:62 est attesté de manière unanime dans les trois grands manuscrits du quatrième siècle, le Codex Sinaiticus, le Codex Vaticanus et le Codex Alexandrinus. On y lit sans aucune variante textuelle sur ce point :

ἐκ δεξιῶν καθήμενον τῆς δυνάμεως καὶ ἐρχόμενον μετὰ τῶν νεφελῶν τοῦ οὐρανοῦ

Soit, mot à mot : assis à la droite de la Puissance et venant avec les nuées du ciel.

Ce qui retient immédiatement l’attention est l’article défini τῆς placé devant δυνάμεως. Ce n’est pas une puissance parmi d’autres.

C’est la Puissance, avec toute la force d’un nom propre fonctionnel. La grammaire grecque fait ici exactement ce que l’hébreu fait avec l’article ה : elle transforme un attribut en titre absolu.

Le mot grec : δύναμις (dunamis)

δύναμις, phonétiquement doo’-nam-is, est un nom féminin issu du verbe δύναμαι, pouvoir, être capable. Il désigne la force physique chez Homère, la force militaire chez Hérodote, et la puissance opposée à l’acte chez Aristote. Dans la Vulgate latine, saint Jérôme le traduit par le mot virtus. Il apparaît cent vingt fois dans le Nouveau Testament, traduit le plus souvent par puissance, force ou miracle selon le contexte.

Mais dans Marc 14:62, ce mot n’est pas employé dans son sens ordinaire. L’article défini τῆς le substantive en titre propre. Ce n’est plus la description d’une propriété divine.

C’est le nom d’une Personne. Et c’est précisément de cette façon que le judaïsme du Second Temple utilisait certains termes pour désigner Dieu sans prononcer son nom.

L’hébreu : הַגְּבוּרָה (Ha-Gevurah)

Le terme hébreu qui se cache derrière ce δύναμις est גְּבוּרָה, gevurah, et plus précisément avec l’article défini : הַגְּבוּרָה, Ha-Gevurah, la Force, la Toute-Puissance.

Ce mot est formé sur la racine verbale גבר, gavar, qui signifie prévaloir, surmonter, être victorieux de manière absolue et sans limitation extérieure. Ce n’est pas la puissance comme énergie disponible.

C’est la puissance comme victoire irrésistible sur tout ce qui existe, par nature et par essence, sans avoir besoin d’un objet de comparaison.

Dans la littérature rabbinique et dans le Talmud de Babylone, Ha-Gevurah est employé comme épithète de Dieu dans les prières, représentant sa toute-puissance comme une force englobante et souveraine qui dépasse toute physicalité.

La deuxième bénédiction de la prière de l’Amidah porte précisément le titre de Gevurot, les Puissances, et s’ouvre par ces mots : אַתָּה גִּבּוֹר לְעוֹלָם אֲדֹנָי, ata gibbor le’olam Adonai, Tu es puissant pour l’éternité, Seigneur. La puissance n’y est pas un attribut parmi d’autres.

Elle est une qualification de l’être éternel lui-même.

Le Psaume 62:12 déclare de son côté que la puissance, gevurah, appartient à Dieu, soulignant que l’autorité divine sur la création et les affaires humaines est souveraine et sans partage.

L’araméen : גְּבוּרְתָּא (Gevurta)

Jésus s’exprimait devant le Sanhédrin en araméen. Le mot araméen correspondant est גְּבוּרְתָּא, gevurtā, forme emphatique de gevurah, strictement identique dans sa fonction et dans son usage théologique.

Dans les Targumim, les traductions araméennes de l’Écriture hébraïque, ce terme traduit régulièrement les passages où Dieu manifeste sa puissance souveraine sur l’histoire et sur la création. On rencontre également le terme חֵילָא, heylā, la puissance ou la force, dans des contextes divins analogues, notamment en Daniel 2:20 où la sagesse et la puissance sont déclarées appartenir à Dieu seul.

La symétrie parfaite du procès

Dans Marc 14:61-62, le grand prêtre demande à Jésus : es-tu le Messie, le Fils du Béni ? Le mot qu’il emploie pour désigner Dieu est haBarukh, le Béni, une péricope, une circumlocution sacrée pour éviter de prononcer le nom divin. Jésus lui répond en utilisant une péricope différente, Ha-Gevurah, la Puissance.

Les deux hommes parlent exactement la même langue théologique. Nul dans cette salle n’a le moindre doute sur ce qui vient d’être dit. Le grand prêtre a désigné Dieu par sa grâce, sa bénédiction.

Jésus lui répond en désignant Dieu par sa souveraineté irrésistible, au moment précis où il comparaît enchaîné devant ses juges. Ce choix de mot n’est pas innocent.

Ha-Gevurah, c’est la Puissance qui prévaut toujours. Et Jésus dit qu’il siégera à sa droite.

Le Psaume 110 : la clé de voûte de la déclaration

Le texte hébreu du Psaume 110:1 dit : נְאֻם יְהוָה לַאדֹנִי שֵׁב לִימִינִי, neum YHWH ladoni shev limini, oracle de YHWH à mon Seigneur : assieds-toi à ma droite. La place à la droite du roi est la place d’honneur absolue dans toute l’Antiquité du Proche-Orient, assignée à celui qui partage le règne, qui gouverne au nom du souverain, qui reçoit de lui toute autorité. L’Éternel associe ici le Seigneur de David à son pouvoir universel.

Ce que Jésus dit au Sanhédrin c’est qu’il est précisément Celui à qui YHWH parle dans cet oracle prophétique.

Celui qui sera intronisé à la droite de Ha-Gevurah, la Puissance souveraine de l’univers.

C’est une déclaration messianique bâtie sur un Psaume que le judaïsme lui-même reconnaissait comme messianique, et que Jésus avait lui-même cité quelques jours plus tôt face aux Pharisiens en Matthieu 22:41-45.

L’être de Dieu comme Puissance pure

Ce que révèle l’usage de Ha-Gevurah rejoint la révélation fondamentale du Sinaï. En Exode 3:14, quand Dieu se nomme lui-même אֶהְיֶה אֲשֶׁר אֶהְיֶה, Ehyeh asher ehyeh, il ne dit pas j’ai telle ou telle qualité. Il dit je suis ce que je suis.

Son être est son nom. Il n’y a pas de distinction entre ce qu’il est et ce qu’il peut.

La même structure gouverne Ha-Gevurah. Une créature peut avoir de la puissance, elle peut même en avoir beaucoup, mais elle ne sera jamais gevurah elle-même, parce que sa puissance est contingente, empruntée, limitée et périssable.

Seul Celui qui ne reçoit sa puissance d’aucune source extérieure, Celui dont la puissance est identique à son être, peut être désigné par ce nom absolu.

Ce principe traverse toute l’Écriture. Quand Jean écrit en 1 Jean 4:8 que Dieu est amour, ὁ Θεὸς ἀγάπη ἐστίν, il ne dit pas que Dieu est affectueux. Il dit que l’agapè dans son essence absolue est l’être de Dieu.

De la même façon, Ha-Gevurah dit que la puissance absolue, celle qui surmonte tout et prévaut éternellement, n’est pas une propriété divine parmi d’autres. Elle est l’être même de Dieu en tant qu’il règne.

Ce que la déclaration de Jésus signifie en profondeur

Jésus, debout devant le Sanhédrin dans la plus grande apparente impuissance de sa vie humaine, enchaîné, accusé, livré à la mort, dit au grand prêtre : vous me verrez assis à la droite de l’Être-Puissance lui-même.

Ce n’est pas seulement une déclaration sur son identité messianique. C’est une déclaration sur la nature de la puissance dans l’univers.

La puissance visible, la puissance des armées, la puissance du tribunal, la puissance de Rome, tout cela n’est qu’une ombre qui passe. La seule Puissance qui prévaut est celle qui se nomme Ha-Gevurah, et c’est à sa droite que siégera le Fils de l’homme.

C’est précisément pourquoi le grand prêtre a déchiré ses vêtements. Non pas parce qu’il avait entendu une prétention vague à une dignité spirituelle. Mais parce qu’il avait parfaitement compris que Jésus affirmait être Celui du Psaume 110, Celui que YHWH lui-même intronise dans la sphère de sa Puissance absolue et souveraine.

L’étymologie confirme ce que la lecture simple avait pressenti : dans ce verset, la Puissance n’est pas un attribut de Dieu. C’est son nom. Et Jésus, au cœur de sa passion, s’identifie comme Celui qui siégera auprès d’elle pour l’éternité.

Le Tout-Puissant : la même révélation traversant les langues

Il est remarquable de constater que cette réalité théologique ne s’est pas perdue dans la transmission de la foi.

Quand un croyant francophone dit aujourd’hui le Tout-Puissant, il accomplit sans le savoir exactement le même geste linguistique que Jésus devant le Sanhédrin.

Il ne dit pas que Dieu est puissant comme on dirait d’un homme qu’il est courageux. Il substantive la puissance en nom propre, en titre d’identité absolue.

Le chemin est direct et continu. Ha-Gevurah en hébreu liturgique du premier siècle devient Pantokratōr en grec, Celui qui tient tout et gouverne tout, puis Omnipotens en latin, puis le Tout-Puissant en français. Les langues changent.

La révélation demeure identique : Dieu n’est pas un être qui dispose d’un pouvoir parmi d’autres pouvoirs.

Il est l’Être dont la puissance est consubstantielle à son existence, sans source extérieure, sans limite, sans commencement et sans fin.

Ce que Marc 14:62 révèle en grec par τῆς δυνάμεως, ce que la liturgie juive chante depuis des siècles dans l’Amidah par Ha-Gevurah, ce que chaque croyant prononce en disant le Tout-Puissant, c’est la même confession fondamentale : avant d’être quoi que ce soit d’autre, Dieu est la Puissance elle-même.

Et c’est auprès de cette Puissance-là que le Fils de l’homme siège désormais, ayant reçu toute autorité au ciel et sur la terre, selon Matthieu 28:18, et ayant reçu son épouse, l’Église rachetée par son sang, selon Apocalypse 19:7.

Ce que Jésus a déclaré enchaîné devant ses juges s’est accompli. La Puissance a tenu sa promesse.

Serge le prédicateur t’encourage

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