Assis sur le trône du Père : pourquoi Jésus ne peut plus être appelé serviteur de Dieu depuis sa glorification
Une question m’a été posée récemment sous une publication sur la trajectoire du Fils de Dieu depuis sa gloire préexistante à travers la parenthèse du serviteur jusqu’à son exaltation. La question était simple et juste. Depuis sa glorification Jésus est-il encore serviteur de Dieu ou est-il son égal ?
Ma réponse immédiate fut celle-ci. Es-tu serviteur de quelqu’un quand tu es assis à côté de lui sur son propre trône ?
Cette réponse n’est pas une pirouette rhétorique. C’est l’argument le plus simple, le plus direct et le plus bibliquement documenté que l’Écriture fournit sur cette question précise. Et c’est l’argument que mon étude veut développer depuis les textes originaux grecs et hébreux dans toute sa profondeur.
Car la position du Fils glorifié à la droite du Père sur son trône dit tout sur son statut actuel. Elle dit ce qu’il est. Elle dit ce qu’il n’est plus. Et elle dit pourquoi l’appeler serviteur depuis sa glorification est une erreur qui ne rend pas honneur à ce que le Père lui-même a accompli en lui par la résurrection et l’exaltation.
La logique irréfutable de la position assise
Commençons par la logique la plus simple et la plus universellement reconnue dans toutes les cultures humaines. La position assise à côté du maître n’est jamais la position du serviteur.
Dans toutes les sociétés humaines de l’Antiquité à aujourd’hui la position du serviteur est la position debout. Le serviteur se tient debout devant son maître. Il est à sa disposition. Il attend ses ordres. Il est prêt à les exécuter. Il ne s’assoit pas. Et surtout il ne s’assoit pas à côté de son maître sur le même trône.
La position assise à côté du roi est la position du co-régent. Celle du fils héritier. Celle de celui qui partage l’autorité royale. C’est une position d’honneur suprême, d’association au pouvoir, de participation à la souveraineté. Aucune culture humaine n’a jamais confondu la position du serviteur debout et la position du co-régent assis sur le même trône que le roi.
Et l’Écriture utilise précisément cette réalité culturelle universelle pour dire quelque chose de précis sur la position du Fils glorifié. Elle dit qu’il est assis. Et elle précise où il est assis. À la droite du Père. Sur son trône. Avec lui.
La logique est irréfutable et universelle. Un serviteur ne s’assoit pas à côté de son maître sur son propre trône. Celui qui est assis sur le trône avec le roi n’est pas son serviteur. Il est son co-souverain.
Psaume 110:1 : le fondement prophétique de la position du Fils
Avant d’examiner les textes du Nouveau Testament sur la position du Fils glorifié il faut remonter à la prophétie qui la fondait sept siècles avant son accomplissement.
Psaume 110:1 dit : l’Éternel a dit à mon Seigneur assieds-toi à ma droite jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied.
Ce verset est le texte de l’Ancien Testament le plus cité dans tout le Nouveau Testament. Il est cité ou allusion à lui est faite plus de vingt fois dans le Nouveau Testament. Et chaque fois il est cité pour affirmer la même réalité. La position actuelle et permanente du Fils exalté à la droite du Père.
Examinons les deux parties du verset avec précision.
L’Éternel, YHWH, a dit à mon Seigneur, אֲדֹנִי, adoni. David appelle quelqu’un son Seigneur. Et Jésus lui-même dans Matthieu 22:43-44 pose la question qui révèle l’identité de cet adon de David. Si David l’appelle Seigneur comment est-il son fils ? La réponse implicite est que ce Seigneur de David est le Messie divin qui est simultanément le fils de David et le Seigneur de David.
Assieds-toi à ma droite. שֵׁב לִימִינִי, shev limini. C’est une invitation formelle du Père au Fils. Une invitation à partager sa position. Une invitation au co-règne. Et ce verbe שֵׁב, shev, assieds-toi, est un impératif qui exprime non seulement l’invitation mais le commandement et la volonté souveraine du Père que le Fils occupe cette position.
Jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied. La position assise est une position d’attente active dans le règne. Le Fils règne assis avec le Père pendant que le Père achève l’œuvre de soumettre les ennemis. Ce n’est pas une attente passive d’un serviteur qui attend de nouvelles instructions. C’est le règne actif d’un co-souverain qui intercède et qui gouverne pendant que la victoire finale s’accomplit.
Hébreux 1 : le contraste décisif entre le Fils et les serviteurs
L’épître aux Hébreux est le texte du Nouveau Testament qui développe le plus précisément la distinction entre la position du Fils exalté et la position des serviteurs. Et cette distinction est posée dès les premiers versets avec une clarté remarquable.
Hébreux 1:3 dit que le Fils est le rayonnement de la gloire de Dieu et l’empreinte de sa substance et qu’après avoir accompli la purification des péchés il s’est assis, ἐκάθισεν, ekathisen, à la droite de la Majesté dans les lieux très hauts.
Le verbe ἐκάθισεν, ekathisen, il s’est assis, est un aoriste actif. C’est un acte ponctuel, définitif et permanent. Il s’est assis. Et il est assis. La position est permanente et définitive depuis la résurrection et l’exaltation.
Hébreux 1:13 pose ensuite la question rhétorique la plus décisive de tout le chapitre : à quel ange Dieu a-t-il jamais dit assieds-toi à ma droite jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied ?
La réponse attendue est évidente. À aucun. Aucun ange n’a jamais reçu cette invitation. Et la raison de cette exclusion est immédiatement donnée au verset 14 : les anges ne sont-ils pas tous des esprits au service de Dieu, λειτουργικὰ πνεύματα, leitourgika pneumata, envoyés pour exercer un ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du salut ?
Le contraste est posé avec une clarté absolue. Les anges sont les serviteurs. Λειτουργικά, leitourgika, liturgiques, au service, en mission pour les autres. Ils se tiennent debout et en mouvement, envoyés ici et là pour servir. Le Fils est assis. Il n’est pas envoyé comme un serviteur. Il règne comme un co-souverain.
Hébreux 1 dit explicitement que la position du Fils assis à la droite du Père est précisément ce qui le distingue de tous les serviteurs anges et créatures. Les serviteurs sont debout et en mission. Le Fils est assis et en règne. Ces deux positions sont mutuellement exclusives.
Apocalypse 3:21 : le Fils lui-même témoigne de sa position sur le trône
Il y a dans l’Apocalypse un verset extraordinaire qui règle définitivement la question parce qu’il vient du Fils glorifié lui-même. C’est sa propre déclaration sur sa position actuelle.
Apocalypse 3:21 dit : à celui qui vaincra je lui accorderai de s’asseoir avec moi sur mon trône comme moi j’ai vaincu et me suis assis avec mon Père sur son trône.
Chaque mot de ce verset est décisif.
Je me suis assis, ἐκάθισα, ekathisa, avec mon Père sur son trône. C’est le Fils glorifié qui parle. Et il dit qu’il est assis avec son Père sur son trône. Sur son trône. Le trône du Père est le trône du Fils. Ils partagent le même trône.
Ce n’est pas assis devant le trône du Père. Ce n’est pas assis à côté du trône du Père. C’est assis sur le trône du Père. La distinction est immense et délibérée.
Et il dit cela comme une réalité actuelle et permanente. Je me suis assis et je suis assis. La position est établie, permanente et définitive depuis la victoire de la résurrection.
Un serviteur ne s’assoit pas sur le trône de son maître. Jamais. Dans aucune culture. Dans aucune époque. Celui qui est assis sur le trône du Père avec le Père n’est pas son serviteur. Il est son co-souverain. Et c’est le Fils lui-même qui témoigne de cette position dans l’Apocalypse.
Philippiens 2:9-11 : le titre qui remplace définitivement celui de serviteur
Dans l’étude précédente sur la parenthèse du serviteur nous avons examiné en détail Philippiens 2:6-8 qui décrit la descente volontaire du Fils dans la condition de serviteur. Mais Philippiens 2:9-11 décrit la sortie de cette parenthèse et le titre qui lui est attribué en sortant.
C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé, ὑπερύψωσεν, huperupsôsen, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux sur la terre et sous la terre et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, Κύριος Ἰησοῦς Χριστός, Kurios Iésous Christos, à la gloire de Dieu le Père.
Le titre qui lui est donné après la parenthèse du serviteur est Κύριος, Kurios, Seigneur. Ce titre dans la Bible grecque est précisément celui qu’on emploie pour traduire le nom divin YHWH dans la Septante. Quand la Septante traduit יְהוָה, YHWH, elle utilise Κύριος, Kurios. En attribuant ce titre au Fils exalté l’Écriture dit qu’il reçoit dans son humanité ressuscitée et glorifiée le même titre d’autorité souveraine qui appartient au Père dans sa divinité éternelle.
Le titre de serviteur, δοῦλος, doulos, appartient à la parenthèse. Le titre de Seigneur, Κύριος, Kurios, appartient à l’exaltation permanente. Et Philippiens 2 les met dans un ordre précis et délibéré. D’abord le serviteur dans la descente. Ensuite le Seigneur dans l’exaltation. La parenthèse est fermée. Le titre qui la remplace est définitif et éternel.
La soumission d’amour du Fils au Père n’est pas la soumission du serviteur
Il reste un texte qui demande une précision particulière parce qu’il est souvent mal lu dans ce contexte. 1 Corinthiens 15:28 dit que quand toutes choses lui auront été soumises alors le Fils lui-même sera soumis à Celui qui lui a soumis toutes choses afin que Dieu soit tout en tous.
Certains lisent ce verset et concluent que le Fils reste ou redevient serviteur parce qu’il est soumis au Père. C’est une lecture qui confond deux types de soumission radicalement différents.
La soumission du serviteur est une soumission forcée ou contractuelle. Elle est imposée par la différence de statut entre le maître et le serviteur. Elle prend fin quand le contrat prend fin ou quand le serviteur est libéré.
La soumission d’amour du Fils au Père est une soumission volontaire, éternelle et joyeuse qui exprime la perfection de leur relation. Jean 5:19 dit que le Fils ne peut rien faire de lui-même il ne fait que ce qu’il voit faire au Père. Ce n’est pas la limitation du serviteur contraint. C’est l’expression de l’unité parfaite et de l’amour parfait qui les unit éternellement.
Et Jean 14:28 dit le Père est plus grand que moi. Ce verset dit la primauté du Père dans la relation éternelle des deux. Pas la supériorité du maître sur le serviteur. Mais la primauté du Père dans l’ordre de la relation trinitaire et de la mission rédemptrice.
La différence fondamentale est celle-ci. Le serviteur obéit parce qu’il y est contraint par son statut. Le Fils se soumet parce qu’il le choisit librement par amour parfait. L’un est une obligation. L’autre est une expression de la communion la plus haute et la plus parfaite qui soit. Et cette soumission d’amour ne diminue en rien la dignité royale du Fils assis sur le trône du Père.
Actes 2:36 : Dieu l’a fait Seigneur
Pierre proclame le jour de la Pentecôte dans Actes 2:36 : que toute la maison d’Israël sache donc avec certitude que Dieu l’a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié.
Le verbe ἐποίησεν, epoièsen, il a fait, est un aoriste accompli et définitif. Dieu a agi une fois, de façon ponctuelle et permanente. Et le résultat de cet acte est que Jésus est maintenant Seigneur, Κύριος, Kurios. Pas partiellement Seigneur. Pas Seigneur dans certains contextes et serviteur dans d’autres. Seigneur. Définitivement et permanentement.
Et Pierre dit cela devant la foule qui venait de crucifier ce Jésus. C’est précisément celui qu’on avait traité comme un criminel, qu’on avait humilié et mis à mort comme un serviteur indigne, que Dieu a exalté et fait Seigneur. La résurrection a renversé le verdict humain et établi définitivement le verdict divin.
Apocalypse 19:16 : le titre final et éternel
Le livre de l’Apocalypse qui est la révélation finale de l’état éternel du Fils glorifié ne l’appelle jamais serviteur. Il lui donne le titre le plus élevé de toute la révélation biblique.
Apocalypse 19:16 dit : sur son vêtement et sur sa cuisse il a un nom écrit Roi des rois et Seigneur des seigneurs, Βασιλεὺς βασιλέων καὶ Κύριος κυρίων, Basileus basileôn kai Kurios kuriôn.
Roi des rois. Seigneur des seigneurs. Ce sont les titres de la souveraineté absolue et universelle. Aucun titre humain ou angélique ne dépasse ces titres. Et ces titres sont écrits sur son vêtement et sur sa cuisse dans la gloire éternelle. Ils ne sont pas temporaires. Ils ne sont pas limités à une période ou à une mission. Ils sont gravés dans sa gloire éternelle.
Depuis sa glorification le Fils de Dieu n’est plus serviteur. La parenthèse du serviteur est fermée. Il est assis sur le trône du Père. Il est Roi des rois et Seigneur des seigneurs. Il est le premier et le dernier et le vivant selon Apocalypse 1:17-18. Tout genou fléchira devant lui et toute langue confessera que Jésus-Christ est Seigneur selon Philippiens 2:11. Et il reviendra sur un cheval blanc comme Roi des rois pour accomplir la victoire finale selon Apocalypse 19:11-16.
La question du commentateur était juste. La réponse est claire. On n’est pas serviteur quand on est assis sur le trône du Père avec le Père. On est co-souverain. On est Seigneur. On est Roi des rois. Et c’est ce que l’Écriture dit du Fils glorifié depuis sa résurrection jusqu’aux siècles des siècles.
Serge le prédicateur t’encourage




