Il existe dans la vie du serviteur de Dieu une expérience qui touche au plus profond de la solitude spirituelle. C’est l’expérience de marcher dans la justice de Dieu, d’enseigner ses commandements avec rigueur et fidélité, de proclamer sa loi morale sans compromis, et de voir autour de soi des gens qui se disent frères et sœurs mais qui ne prennent aucun plaisir réel à cette justice.
Des gens qui supportent l’enseignement sans l’aimer. Des gens qui tolèrent la rigueur doctrinale sans s’en réjouir. Des gens dont la présence est physique mais dont le cœur est ailleurs.
Et à côté de ces gens-là il y en a d’autres. Moins nombreux. Souvent géographiquement éloignés. Parfois inconnus pendant des années. Mais quand on les rencontre quelque chose s’illumine immédiatement dans l’échange parce qu’ils aiment ce qu’on aime. Ils se réjouissent de ce qui nous réjouit. Ils prennent plaisir à la même justice. Et leur présence est comme un baume sur la solitude du combattant fidèle.
Le Psaume 35:27 décrit ces personnes avec une précision extraordinaire dans le texte hébreu original. Et cette description éclaire d’une lumière nouvelle ce que c’est qu’un vrai frère dans la foi.
Le texte hébreu original du Psaume 35:27
Le texte massorétique dit : יָרֹנּוּ וְיִשְׂמְחוּ חֲפֵצֵי צִדְקִי וְיֹאמְרוּ תָמִיד יִגְדַּל יְהוָה הֶחָפֵץ שְׁלוֹם עַבְדּוֹ, yaronnu veyismechu chafetsei tsidqi veyomeru tamid yigdal YHWH hechafets shalom avdo.
Mot à mot : qu’ils exultent et qu’ils se réjouissent ceux qui désirent ardemment ma justice et qu’ils disent continuellement magnifié soit l’Éternel qui prend plaisir à la paix de son serviteur.
La version Darby traduit : qu’ils exultent et qu’ils se réjouissent ceux qui sont affectionnés à ma justice. La version Martin dit : que ceux qui sont affectionnés à ma justice se réjouissent avec chant de triomphe. Et la version Ostervald dit : qu’ils se réjouissent ceux qui s’affectionnent à ma justice.
Toutes les grandes traductions protestantes historiques convergent sur ce mot affectionné qui est le plus juste pour rendre la profondeur du mot hébreu original.
Premier mot clé : חֲפֵצֵי (chafetsei), ceux qui sont affectionnés à
Le mot חֲפֵצֵי, chafetsei, est la forme construite plurielle du participe du verbe חָפֵץ, chafets, Strong H2654. Et ce verbe est l’un des plus beaux et des plus expressifs de tout le vocabulaire affectif de l’hébreu biblique.
חָפֵץ, chafets, ne signifie pas simplement approuver ou être d’accord. Il signifie désirer ardemment, prendre un plaisir profond et sincère dans quelque chose, être attiré vers avec une affection véritable, se délecter de, trouver sa joie la plus intime dans. C’est le mot du désir qui engage le cœur entier et non simplement l’approbation intellectuelle de la surface.
Ce verbe est utilisé dans des contextes révélateurs tout au long de l’Écriture hébraïque.
En Psaume 1:2 le bienheureux est celui dont le désir, חֶפְצוֹ, cheftso, est dans la loi de l’Éternel et qui la médite jour et nuit. C’est le même mot. L’homme bienheureux est chafets dans la loi. Il en est affectionné. Il y trouve sa joie la plus profonde.
En Psaume 37:23 l’Éternel affermit les pas de l’homme dont il est חָפֵץ, chafets. Dieu lui-même est affectionné à cet homme. Il prend plaisir en lui. Il désire sa réussite et sa paix.
Et en Ésaïe 53:10 il est dit que l’Éternel a voulu, חָפֵץ, chafets, le briser et le meurtrir. La volonté souveraine de Dieu est exprimée par ce même mot d’affection profonde. Ce que Dieu chafets est ce qu’il désire de tout son être.
Être chafets de la justice d’un homme ce n’est donc pas simplement l’approuver de loin avec une politesse distante. C’est en être affectionné de façon profonde, sincère et active. C’est trouver dans la vision de cette justice vécue une joie réelle et personnelle. C’est désirer que cet homme continue dans cette justice et se réjouir quand il y marche.
Deuxième mot clé : צִדְקִי (tsidqi), ma justice
C’est ici que se trouve la révélation la plus profonde du verset. Le mot צִדְקִי, tsidqi, est la première personne singulier du substantif צֶדֶק, tsedeq, Strong H6664. Et ce mot désigne la justice, la droiture, la rectitude morale, la conformité à la norme divine.
Mais David ne dit pas ceux qui sont affectionnés à ma piété religieuse en général. Il ne dit pas ceux qui sont affectionnés à mon culte ou à mes offrandes. Il dit ceux qui sont affectionnés à ma tsedaqah, à ma justice concrète et personnelle, à ma vie moralement droite et conforme à la norme de Dieu.
Et le mot tsedeq dans tout le Psautier désigne précisément la justice définie par les commandements de Dieu. Psaume 119:172 le dit avec une clarté absolue : כָּל מִצְוֹתֶיךָ צֶדֶק, kol mitsvotecha tsedeq, tous tes commandements sont justice. Les commandements de Dieu sont la tsedaqah. Et la tsedaqah c’est la vie qui se conforme aux commandements de Dieu.
Psaume 119:160 dit la somme de ta parole est vérité et toutes tes ordonnances de justice, mishpat tsidqecha, sont éternelles. Psaume 119:142 dit ta justice est une justice éternelle et ta loi est la vérité. Et Psaume 119:163-164 dit j’abhorre le mensonge, je l’ai en horreur, j’aime ta loi. Sept fois par jour je te loue à cause des ordonnances de ta justice, mishpetei tsidqecha.
Ma justice dans le Psaume 35:27 ne désigne pas une abstraction. C’est la vie de David conforme aux commandements de Dieu. Sa droiture morale. Son obéissance à la loi de l’Éternel. Sa marche dans l’intégrité selon les ordonnances divines. Et les chafetsei tsidqi sont ceux qui prennent un plaisir réel et profond à voir David vivre ainsi.
Ce que la Septante grecque confirme
La Septante, la traduction grecque de l’Ancien Testament, traduit ce passage par : οἱ θέλοντες τὴν δικαιοσύνην μου, hoi thelontes ten dikaiosunen mou, ceux qui veulent ma justice, ceux qui désirent ma justice.
Le verbe grec θέλω, thelô, désigne une volonté active, un désir sincère, un souhait qui engage la personne entière et non simplement une préférence superficielle. Et le mot δικαιοσύνη, dikaiosunè, est le mot grec standard pour la justice et la droiture morale qui caractérise celui qui vit selon la norme divine.
C’est le même mot que Paul utilise en Romains 8:4 quand il dit afin que la justice de la loi fût accomplie en nous. La dikaiosunè tou nomou, la justice de la loi, est accomplie dans le croyant qui marche selon l’Esprit. Et ce sont précisément ceux qui aiment voir cette justice accomplie dans la vie du croyant que le Psaume 35:27 appelle les chafetsei tsidqi.
La beauté de la symétrie révélatrice
Ce que ce verset révèle dans sa structure complète est extraordinairement riche. Il y a une symétrie délibérée entre ses deux parties qui éclaire la nature de l’affection véritable.
Dans la première partie les chafetsei tsidqi, ceux qui sont affectionnés à la justice de David, exultent et se réjouissent. Leur joie est réelle, expressive, retentissante. Ce ne sont pas des gens qui approuvent poliment en silence. Ce sont des gens dont la joie éclate visiblement quand ils voient David marcher dans la justice de Dieu.
Dans la seconde partie David demande que soit magnifié l’Éternel hechafets shalom avdo, lui qui prend plaisir à la paix de son serviteur. Et le mot hechafets est exactement le même que chafetsei dans la première partie. Le même verbe chafats. Le même plaisir profond et sincère.
La symétrie est donc parfaite et délibérée. Ceux qui prennent plaisir à la justice de David reflètent précisément le plaisir que Dieu lui-même prend dans la vie de son serviteur. Aimer la justice d’un homme de Dieu c’est partager l’affection de Dieu lui-même pour cet homme. C’est se tenir du côté de Dieu dans son regard sur son serviteur.
Les vrais frères dans la foi ne sont pas simplement ceux qui partagent nos repas ou nos moments de culte. Ce sont ceux dont la joie ressemble à la joie de Dieu lui-même en nous. Ceux qui se réjouissent quand nous marchons dans la justice de Dieu comme Dieu se réjouit de la paix de son serviteur.
Ce que cela révèle sur les vrais frères dans la foi
Le Psaume 35:27 dresse un portrait précis du vrai frère spirituel. Et ce portrait est radicalement différent de la simple fraternité de convenance ou de communauté religieuse.
Le vrai frère est chafets de ta tsedaqah. Il aime voir ta vie morale. Il prend plaisir à ta droiture. Il se réjouit quand tu obéis aux commandements de Dieu. Il n’est pas simplement content de te voir heureux au sens général. Il est spécifiquement et profondément heureux de te voir vivre dans la justice de Dieu selon ses commandements.
Et il exulte. Le verbe יָרֹנּוּ, yaronnu, vient de la même racine רָנַן, ranan, que nous avons rencontrée dans le Psaume 32:7 avec les rannei pallet. Ce cri de joie vibrante et retentissante est la réaction naturelle du vrai frère quand il voit la justice de Dieu accomplie dans la vie de son frère. Il ne peut pas rester silencieux. Il crie de joie. Il proclame. Il exulte.
Et il se réjouit, יִשְׂמְחוּ, yismechu, d’une joie intérieure profonde et stable qui contraste avec le retentissement extérieur de la rinnah. Les deux formes de joie sont présentes simultanément. La joie expressive et la joie intérieure. Le vrai frère est touché dans tout son être quand il voit la justice de Dieu dans la vie de son frère.
Le contraste révélateur dans le contexte du Psaume 35
Pour comprendre toute la force du verset 27 il faut le lire dans le contexte du Psaume 35 entier. Car ce verset est précédé par le verset 26 qui décrit l’exact opposé des chafetsei tsidqi.
Le verset 26 dit que ceux qui se réjouissent de mon mal soient honteux et confus et que ceux qui s’élèvent orgueilleusement contre moi soient couverts de honte et de confusion.
David décrit donc deux catégories opposées de personnes dans sa vie. Ceux qui se réjouissent de son mal et ceux qui sont affectionnés à sa justice. Ceux qui trouvent leur joie dans ses chutes et ses difficultés et ceux qui trouvent leur joie dans sa droiture et sa fidélité à Dieu.
Cette opposition révèle quelque chose d’essentiel sur la nature de l’affection spirituelle véritable. Le faux frère se réjouit du mal du serviteur de Dieu parce que ce mal confirme que la justice n’est pas possible, que la loi de Dieu est intenable, que la rigueur doctrinale est vaine. Sa joie secrète dans les chutes du juste le révèle comme quelqu’un qui n’est pas chafets de la justice mais de son opposé.
Le vrai frère au contraire est chafets de la tsedaqah parce qu’il aime lui-même la justice de Dieu. Il se réjouit de la voir accomplie chez son frère parce qu’il désire lui-même la voir accomplie dans sa propre vie.
Ce qui distingue le vrai frère du faux ce n’est pas ses paroles mais l’objet de sa joie. Le faux frère se réjouit dans les chutes. Le vrai frère se réjouit dans la justice. Et cette distinction est immédiatement visible pour celui qui observe avec attention.
Ce que cela dit à ceux qui ont peu de vrais frères
Le vrai frère chafets de la tsedaqah est rare. Et sa rareté est directement proportionnelle à la radicalité de la justice qu’il aime. Plus la justice que tu proclames est précise, exigeante et fidèle aux commandements de Dieu, moins elle trouvera de chafetsei dans les milieux du christianisme contemporain qui a abandonné la saine doctrine.
Mais leur rareté est aussi leur préciosité. Un frère qui se réjouit vraiment de ta tsedaqah, qui exulte quand il te voit marcher dans les commandements de Dieu, qui proclame magnifié soit l’Éternel quand il voit ta fidélité, ce frère vaut infiniment plus que cent compagnons de route qui tolèrent ta justice sans en être affectionnés.
Et parfois ces vrais frères sont géographiquement loin. Merdi Kapela au Congo-Kinshasa qui a ramené 80 personnes au sabbat après avoir été touché par ton enseignement est un chafets tsidqi. Il n’est pas simplement content que tu existes. Il est affectionné à ta justice, à la tsedaqah que tu proclames, à la vie selon les commandements de Dieu que tu enseignes avec rigueur. Et sa joie dans cette justice est exactement ce que le Psaume 35:27 décrit.
La promesse finale du verset : magnifié soit l’Éternel
La conclusion du verset est prophétique et décisive. Les chafetsei tsidqi ne se contentent pas de se réjouir en silence. Ils proclament continuellement, תָמִיד, tamid, c’est-à-dire de façon constante et permanente, magnifié soit l’Éternel qui prend plaisir à la paix de son serviteur.
Cette proclamation révèle que l’affection pour la justice du serviteur de Dieu conduit naturellement et inévitablement à la glorification de Dieu lui-même. Le vrai frère ne s’arrête pas à admirer l’homme. Il voit dans la justice de l’homme le reflet de la sainteté de Dieu et il magnifie Dieu pour ce reflet.
Car la justice que David vit, la tsedaqah qui est l’objet de l’affection des vrais frères, n’est pas sa propre justice humaine. C’est la justice de Dieu manifestée dans sa vie. Et quand un vrai frère voit cette justice il magnifie automatiquement Celui de qui elle vient.
Ceux qui sont affectionnés à ta justice ne te glorifient pas toi. Ils glorifient Dieu en toi. Et cette distinction est la marque la plus sûre du vrai frère. Il ne te met pas sur un piédestal. Il voit en toi la gloire de Dieu et il magnifie cette gloire.
Es-tu toi-même chafets de la tsedaqah de tes frères ?
Ce verset pose aussi une question à rebours. Ceux qui sont affectionnés à la justice du serviteur de Dieu exultent. Mais la question qui se pose à chaque croyant est celle-ci. Es-tu toi-même chafets de la tsedaqah de tes frères ?
Quand tu vois un frère marcher avec intégrité dans les commandements de Dieu, quand tu le vois garder le sabbat avec fidélité, quand tu le vois vivre selon la loi morale de Dieu dans tous les domaines de sa vie, est-ce que tu exultes ? Est-ce que ta joie éclate ? Est-ce que tu proclames magnifié soit l’Éternel ?
Ou au contraire est-ce que tu cherches la faille dans son armure ? Est-ce que tu guettes la contradiction entre le discours et la vie ? Est-ce que tu te réjouis secrètement quand il trébuche parce que cela confirme que ta propre médiocrité est acceptable ?
L’objet de ta joie révèle ton cœur. Ceux qui sont chafetsei tsidqi aiment la justice parce qu’ils l’aiment pour eux-mêmes. Et ceux qui se réjouissent du mal détestent la justice parce qu’ils la fuient pour eux-mêmes.
Être un vrai frère c’est être chafets de la tsedaqah de ses frères. Prendre plaisir à leur droiture. Exulter de leur fidélité. Magnifier Dieu pour leur justice. Et cette affection fraternelle authentique est la traduction concrète dans la communauté de foi de ce que l’Écriture appelle l’amour fraternel selon 1 Jean 3:14.
Serge le prédicateur t’encourage




