Il y a des questions qu’on n’ose pas poser. Non pas parce qu’elles sont dangereuses, mais parce qu’elles sont trop simples. Trop directes. Et que leur simplicité même suffit à faire s’effondrer des édifices théologiques entiers construits sur des siècles de tradition humaine.
Aujourd’hui, je vais vous poser l’une de ces questions.
Pas pour provoquer. Pas pour gagner un débat. Mais parce que la vérité mérite mieux que le silence, et que ceux qui aiment Dieu méritent mieux que des réponses fabriquées.
Posons le décor.
Nous sommes quelques jours avant la crucifixion. Jésus quitte le Temple de Jérusalem avec ses disciples. L’un d’eux, ébloui par la magnificence des bâtiments, lui fait remarquer la grandeur des pierres et des constructions. Jésus lui répond avec une parole qui les stupéfie : « Voyez-vous tout cela ? Je vous le dis en vérité, il ne restera pas ici pierre sur pierre qui ne soit renversée. »
Les disciples, bouleversés, l’interrogent en privé sur le Mont des Oliviers : « Dis-nous, quand cela arrivera-t-il ? Et quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde ? » Matthieu 24:3.
Ce qui suit est le plus grand discours prophétique de Jésus. On l’appelle le Discours eschatologique. C’est là, dans ce contexte solennel, que Jésus parle de faux prophètes, de guerres, de famines, de persécutions, de la grande tribulation, et de son retour glorieux.
C’est là aussi, et c’est ce que nous allons examiner aujourd’hui, qu’il prononce une phrase que beaucoup lisent sans vraiment l’entendre.
Le verset que personne ne veut vraiment lire.
Matthieu 24:20-21 : « Priez pour que votre fuite n’arrive pas en hiver, ni un jour de sabbat. Car alors il y aura une grande tribulation, telle qu’il n’y en a pas eu depuis le commencement du monde jusqu’à présent, et qu’il n’y en aura jamais. »
Relisez ces mots lentement.
Jésus ne parle pas du passé. Il ne commente pas ce qui s’est passé sous Moïse. Il ne décrit pas les pratiques des anciens d’Israël. Il s’adresse à ses disciples, des hommes qui le suivent, qui croient en lui, qui seront les fondateurs de l’Église, et il leur dit : priez pour que votre fuite n’arrive pas un jour de sabbat.
Un jour de sabbat. Le septième jour. Le même que celui inscrit dans la pierre par le doigt de Dieu sur le Sinaï.
Si Jésus avait aboli le sabbat, si, comme l’affirment certains, la croix avait mis fin une fois pour toutes à l’obligation du septième jour, alors cette phrase n’a strictement aucun sens.
Réfléchissons ensemble. Calmement. Honnêtement.
Quand Jésus dit à ses disciples de prier pour ne pas fuir un jour de sabbat, il suppose nécessairement trois choses.
Premièrement, que le sabbat existera encore au moment de la fuite. Il ne parle pas au passé. Il ne dit pas « le sabbat que vous observiez autrefois. » Il dit « un jour de sabbat », au présent prophétique, projeté dans les événements à venir.
Deuxièmement, que ses disciples l’observeront encore. On ne prie pas pour éviter une contrainte qui n’existe plus. Si le sabbat avait été aboli, fuir ce jour-là n’aurait posé aucun problème particulier. Ce serait un jour comme un autre. Le mentionner n’aurait eu aucune signification. Jésus ne perd pas ses mots. Chaque terme de ce discours est pesé, mesuré, prophétique.
Troisièmement, que l’observation du sabbat sera encore une réalité contraignante, et même précieuse, pour les fidèles dans les moments les plus sombres de l’histoire humaine. Fuir un jour de sabbat, c’est fuir le jour où l’on ne peut pas parcourir de grandes distances, le jour où les boutiques sont fermées, le jour où les transports sont limités, le jour saint où le peuple de Dieu est rassemblé dans l’adoration. Jésus connaît cela. Il en tient compte. Il demande à ses disciples de prier pour en être préservés.
C’est ici que l’argument devient absolument dévastateur.
Si la théologie dominante des églises du dimanche est correcte, si Jésus est venu abolir le sabbat, si la croix a effacé le quatrième commandement, si le septième jour a été remplacé par le premier, alors Jésus, dans ce discours, a commis une erreur monumentale.
Il aurait dû dire : « Priez pour que votre fuite n’arrive pas en hiver, et ne vous souciez plus du sabbat, car je l’ai accompli. »
Ou encore : « Priez pour que votre fuite n’arrive pas en hiver, ni le premier jour de la semaine, qui sera désormais le jour du Seigneur. »
Ou encore, plus simplement : « Priez pour que votre fuite n’arrive pas en hiver. Quant aux jours, ils se valent tous désormais, car je suis le Seigneur de tous les jours. »
Il n’a dit aucune de ces choses.
Il a dit : priez pour ne pas fuir un jour de sabbat.
Personne ne peut effacer ces mots. Personne ne peut les réinterpréter en disant qu’il parlait par habitude culturelle, car Jésus ne parle jamais par simple habitude culturelle dans un discours prophétique de cette envergure. Personne ne peut prétendre qu’il s’adressait uniquement aux Juifs, car ses disciples, dans ce discours, représentent l’ensemble de ceux qui lui appartiennent jusqu’à la fin des temps.
L’histoire a confirmé ce que Jésus a prophétisé.
En l’an 70 après Jésus-Christ, les armées romaines de Titus ont encerclé Jérusalem. Ce que Jésus avait annoncé s’est accompli avec une précision terrifiante. Les chrétiens de Jérusalem, avertis par les signes prophétiques, ont fui la ville. L’historien Eusèbe de Césarée témoigne qu’ils se sont réfugiés à Pella, de l’autre côté du Jourdain.
Ils ont fui. Et l’on peut légitimement penser que parmi eux, des fidèles avaient prié, comme Jésus le leur avait demandé, pour que cette fuite n’arrive pas un jour de sabbat.
Ces chrétiens du premier siècle, formés directement par les apôtres, observaient encore le sabbat du septième jour. Non par judaïsme. Non par attachement à la tradition mosaïque. Mais parce que leur Seigneur lui-même leur en avait signifié l’importance dans ses derniers enseignements publics.
Je ne vous parle pas avec mépris. Je vous parle avec la solennité que ce sujet mérite.
Vous avez reçu un héritage théologique transmis par des siècles d’institution ecclésiastique. Cet héritage vous dit que le sabbat est aboli, dépassé, judaïque, inutile. On vous a appris à lire Paul à travers cette grille, et à ignorer ce qui ne s’y ajuste pas.
Mais aujourd’hui, ce n’est pas moi qui vous parle. Ce n’est pas une tradition adventiste, ni une interprétation sabbatarienne. C’est Jésus de Nazareth, le Fils de Dieu, dans le sommet de sa révélation prophétique, qui vous demande une réponse.
Sa question, car c’est la sienne et non la mienne, est celle-ci : pourquoi vous ai-je demandé de prier pour ne pas fuir un jour de sabbat, si ce jour n’avait plus aucune importance pour ceux qui m’appartiennent ?
Cette question mérite une réponse honnête. Elle mérite que vous ouvriez votre Bible, que vous mettiez de côté ce qu’on vous a enseigné, et que vous laissiez parler le texte.
Le sabbat du septième jour n’est pas une invention juive. Il est inscrit dans la création elle-même, « Dieu se reposa le septième jour de toute son œuvre », avant qu’il y ait un seul Juif sur la terre. Il est gravé dans la pierre parmi les dix commandements, seuls textes que Dieu lui-même a écrits de son propre doigt. Et il est confirmé par Jésus-Christ, Seigneur du sabbat, qui n’est pas venu pour l’abolir mais pour lui rendre sa pleine signification.
Matthieu 24:20 n’est pas un verset difficile. Il n’est pas ambigu. Il ne demande pas des années de grec ou d’hébreu pour être compris.
Il demande simplement une chose : l’honnêteté.
Soyez honnêtes avec le texte. Soyez honnêtes avec vous-mêmes. Et soyez honnêtes avec Celui dont les paroles demeureront quand le ciel et la terre passeront.
Serge le prédicateur t’encourage




