Un frère en Christ vivant au Congo-Kinshasa m’a récemment posé une question qui touche au cœur de l’une des révélations les plus profondes de toute l’Écriture. Il me demandait si certains anges de l’Apocalypse pourraient être le Seigneur Jésus-Christ lui-même.
Et pour répondre correctement à cette question il faut d’abord remonter à ce que l’Ancien Testament révèle sur une figure mystérieuse et extraordinaire qui apparaît à plusieurs reprises dans l’histoire d’Israël sous le nom de l’ange de l’Éternel.
Car avant Bethléhem, avant l’incarnation, avant que le Verbe ne se fasse chair selon Jean 1:14, Christ était déjà présent dans l’histoire de la rédemption. Et il se manifestait sous une forme que l’Écriture appelle מַלְאַךְ יְהוָה, malakh YHWH, l’ange de l’Éternel.
Ce n’est pas un ange ordinaire. Ce n’est pas une créature parmi d’autres. C’est une Personne divine qui s’identifie à Dieu lui-même, qui reçoit l’adoration sans la refuser, et qui parle à la première personne comme l’Éternel. Et comprendre qui est cet ange change radicalement la façon dont on lit toute l’Écriture, de la Genèse à l’Apocalypse.
Qu’est-ce qu’une théophanie angélique et qui était l’ange de l’éternel ?
Avant d’examiner les textes précis il faut poser un cadre théologique. Une théophanie est une apparition visible de Dieu à des êtres humains. Dans l’Ancien Testament Dieu se manifeste à travers plusieurs formes, la nuée, le feu, la voix, et parfois une forme humaine ou angélique.
Quand le texte hébraïque parle de מַלְאַךְ יְהוָה, malakh YHWH, l’ange de l’Éternel, il faut distinguer ce titre de מַלְאַךְ אֱלֹהִים, malakh Elohim, un ange de Dieu ou d’un מַלְאַךְ יְהוָה sans article défini.
L’ange de l’Éternel avec l’article défini est toujours une figure distincte, unique, dont les attributs et les prérogatives dépassent infiniment ceux de n’importe quel ange créé.
Les théologiens appellent ces manifestations des christophanies, des apparitions pré-incarnées du Fils de Dieu. Et l’Écriture en fournit plusieurs exemples d’une clarté extraordinaire.
Première théophanie : Exode 3:2-6, le buisson ardent
C’est l’une des révélations les plus importantes de tout l’Ancien Testament. Moïse garde le troupeau de son beau-père Jéthro au pied de la montagne de Dieu, l’Horeb. Et le texte dit en Exode 3:2 : l’ange de l’Éternel lui apparut dans une flamme de feu, au milieu d’un buisson. Moïse regarda, et voici, le buisson était tout en feu et le buisson ne se consumait pas.
L’ange de l’Éternel apparaît. C’est le point de départ. Mais regardons ce qui suit.
Exode 3:4 dit : Dieu l’appela du milieu du buisson et dit Moïse, Moïse. La même Personne qui s’est manifestée comme ange de l’Éternel est maintenant appelée Dieu.
Exode 3:6 dit : je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. Et Moïse se couvrit le visage car il craignait de regarder Dieu.
Exode 3:14 dit : Dieu dit à Moïse je suis ce que je suis, Ehyeh asher Ehyeh.
La progression est saisissante. L’ange de l’Éternel au verset 2, Dieu au verset 4, le Dieu d’Abraham au verset 6, Je suis ce que je suis au verset 14. La même Personne est désignée simultanément comme ange et comme Dieu. Ce n’est pas une contradiction textuelle.
C’est la révélation que l’ange de l’Éternel est une manifestation visible du Dieu invisible, précisément ce que Jean 1:18 dit du Fils : nul n’a jamais vu Dieu, le Fils unique qui est dans le sein du Père est celui qui l’a fait connaître.
Christ était au buisson ardent. C’est lui qui a dit à Moïse je suis ce que je suis. Et c’est lui qui a dit en Jean 8:58 avant qu’Abraham fût je suis. La même formule. La même Personne.
Deuxième théophanie : Josué 5:13-15, le chef de l’armée de l’Éternel
Josué est devant Jéricho, à la veille de la grande bataille. Et le texte dit en Josué 5:13-15 : Josué étant près de Jéricho leva les yeux et vit un homme debout devant lui, avec une épée nue dans la main. Josué s’avança vers lui et lui dit es-tu des nôtres ou de nos ennemis ? Il répondit non, mais je suis le chef de l’armée de l’Éternel, je viens d’arriver.
Josué tomba face contre terre, se prosterna et lui dit qu’est-ce que mon seigneur dit à son serviteur ? Le chef de l’armée de l’Éternel dit à Josué ôte les sandales de tes pieds car le lieu sur lequel tu te tiens est saint. Et Josué fit ainsi.
Plusieurs éléments révèlent l’identité divine de cette Personne.
Premièrement Josué tombe face contre terre et se prosterne devant lui. Or dans toute l’Écriture un ange créé ordinaire refuse toujours l’adoration. En Apocalypse 22:8-9 Jean se prosterne devant un ange et l’ange l’arrête immédiatement en disant garde-toi de le faire, je suis ton compagnon de service comme toi.
Mais ici le chef de l’armée de l’Éternel reçoit la prosternation de Josué sans l’en empêcher parce qu’il est digne d’être adoré. Ce détail seul suffit à identifier cette Personne comme divine.
Deuxièmement la formule ôte les sandales de tes pieds car le lieu sur lequel tu te tiens est saint est exactement la même formule qu’en Exode 3:5 avec Moïse devant le buisson ardent. Ce n’est pas une coïncidence. C’est la même Personne qui manifeste la même sainteté dans les deux occurrences.
Troisièmement le titre שַׂר צְבָא יְהוָה, sar tseva YHWH, chef de l’armée de l’Éternel, désigne le commandant suprême des armées célestes, ce qui dans la théologie biblique est une prérogative divine et non une fonction angélique ordinaire.
Ce chef de l’armée de l’Éternel que Josué adore sans être réprimandé est le Fils de Dieu pré-incarné, Christ avant Bethléhem, présent dans l’histoire de la rédemption avant même que le temps de son incarnation ne soit venu.
Troisième théophanie : Genèse 22:11-18, l’ange sur le mont Morija
Abraham est sur le point d’immoler son fils Isaac sur le mont Morija. Au moment crucial l’ange de l’Éternel l’appelle du ciel et dit Abraham, Abraham et lui dit n’étends pas ta main sur l’enfant. Et au verset 16 le même ange dit : par moi-même j’ai juré, dit l’Éternel.
L’ange parle à la première personne comme l’Éternel lui-même. Il dit dit l’Éternel en faisant référence à lui-même. Ce n’est pas un ange qui transmet la parole de Dieu à la troisième personne. C’est une Personne divine qui parle en son propre nom.
Quatrième théophanie : Genèse 32:24-30, Jacob qui lutte avec Dieu
Jacob lutte toute une nuit avec un homme au gué du Jabbok. Au matin l’homme lui demande de le laisser partir mais Jacob dit je ne te laisserai pas aller que tu ne m’aies béni. Et l’homme le bénit et change son nom en Israël. Jacob appelle ce lieu Peniel en disant j’ai vu Dieu face à face et ma vie a été préservée.
Osée 12:4 commente cet épisode avec une précision remarquable : il lutta avec l’Ange et il fut vainqueur, il pleura et lui fit des supplications. Il le trouva à Béthel et là il nous parla.
L’homme avec qui Jacob a lutté est appelé simultanément Ange et Dieu dans deux textes différents. C’est exactement la même structure que les théophanies précédentes. L’ange de l’Éternel est Dieu manifesté de façon visible.
Cinquième théophanie : Juges 13:3-22, l’ange qui monte dans la flamme
L’ange de l’Éternel apparaît à la femme de Manoah le père de Samson et lui annonce la naissance d’un fils. Quand Manoah apprend la nouvelle il prie pour que l’ange revienne. L’ange revient. Et quand Manoah lui demande son nom l’ange répond au verset 18 : pourquoi demandes-tu mon nom ? Il est merveilleux, פֶּלֶאי, peli.
Ce nom merveilleux est exactement le même mot que dans Ésaïe 9:6 où le Messie est appelé פֶּלֶא יוֹעֵץ, Pele Yoets, Admirable Conseiller. Ce n’est pas une coïncidence. C’est la même Personne.
Et au verset 20 quand la flamme monte de l’autel vers le ciel l’ange de l’Éternel monte dans la flamme. Manoah et sa femme tombent face contre terre. Et Manoah dit à sa femme nous allons certainement mourir car nous avons vu Dieu.
Manoah était convaincu d’avoir vu Dieu. Pas un ange. Dieu lui-même. Et c’est pourquoi il craignait de mourir, car l’Écriture dit que nul ne peut voir Dieu et vivre selon Exode 33:20. Cette crainte révèle que l’ange qu’il avait vu portait en lui la plénitude de la présence divine.
Ce que Paul dit sur Christ dans l’Ancien Testament
Paul lui-même confirme cette présence de Christ dans l’Ancien Testament avec une précision qui lève toute ambiguïté. En 1 Corinthiens 10:4 il dit en parlant d’Israël dans le désert : ils buvaient tous d’un rocher spirituel qui les suivait et ce rocher était Christ.
Christ était présent dans le désert avec Israël. Il était le rocher qui les suivait. Et si Christ était présent dans le désert avec Israël il était aussi présent dans le buisson ardent, sur le mont Morija, au gué du Jabbok, et sur le champ de bataille de Jéricho.
Toutes ces théophanies sont des manifestations du même Fils de Dieu qui n’a pas attendu Bethléhem pour être présent dans l’histoire de la rédemption.
Ce que cela révèle sur les anges de l’Apocalypse
Maintenant nous pouvons revenir à la question de notre frère Merdi Kapela. Si Christ apparaissait sous la forme de l’ange de l’Éternel dans l’Ancien Testament, est-ce que certains anges de l’Apocalypse pourraient être Christ lui-même ?
La réponse est nuancée et demande de la précision.
D’un côté l’ange d’Apocalypse 10 porte des attributs extraordinairement christologiques. L’arc-en-ciel sur sa tête rappelle Apocalypse 4:3 et le trône de Dieu. Son visage comme le soleil rappelle Apocalypse 1:16 et la description de Christ ressuscité.
Ses pieds comme des colonnes de feu rappellent Apocalypse 1:15. Son cri comme un lion rugissant rappelle Apocalypse 5:5 où Christ est le Lion de la tribu de Juda. Ces attributs sont indéniablement liés à la personne de Christ.
De l’autre côté il faut observer que dans toute l’Apocalypse Christ n’est jamais appelé ἄγγελος, angelos, ange. Il est l’Agneau selon Apocalypse 5:6, le Fils de l’homme selon Apocalypse 1:13, le premier et le dernier selon Apocalypse 1:17, le Roi des rois selon Apocalypse 19:16. Et l’ange d’Apocalypse 10:6 prête serment par Celui qui vit aux siècles des siècles ce qu’une Personne divine ne ferait pas en prêtant serment devant elle-même.
La lecture la plus cohérente est donc la suivante. L’ange d’Apocalypse 10 est un ange créé d’un rang exceptionnel dont les attributs de gloire reflètent la gloire de Christ qui l’envoie, exactement comme Moïse rayonnait de la gloire de Dieu après l’avoir rencontré sans être Dieu lui-même.
Mais l’ange d’Apocalypse 8 qui présente les prières des saints devant l’autel d’or dans le sanctuaire céleste correspond beaucoup plus directement au ministère intercesseur de Christ décrit en Hébreux 7:25, 8:1-2 et 9:24, et beaucoup de commentateurs sérieux l’identifient à Christ dans son rôle de grand sacrificateur céleste.
La leçon fondamentale
Ce que cette étude révèle sur toute l’Écriture est d’une profondeur extraordinaire. Christ n’est pas apparu dans l’histoire au chapitre 1 de l’évangile de Matthieu. Il était là depuis le commencement.
Il était la Parole par laquelle tout a été créé selon Jean 1:3. Il était l’ange de l’Éternel au buisson ardent. Il était le rocher qui suivait Israël dans le désert. Il était le chef de l’armée céleste qui s’est manifesté à Josué devant Jéricho. Il était la Personne divine qui a lutté avec Jacob et l’a béni.
Et quand Jean le voit dans l’Apocalypse sous sa gloire ressuscitée et dit en Apocalypse 1:17 quand je le vis je tombai à ses pieds comme mort, c’est la même réaction que Manoah, que Josué, que Moïse devant le buisson ardent. La même Personne. La même gloire. La même prostration des créatures devant leur Créateur.
L’Apocalypse n’est pas un livre où Christ est caché. C’est la révélation finale et glorieuse de celui qui était présent depuis le commencement, qui s’est manifesté à travers toute l’histoire de la rédemption, qui s’est incarné à Bethléhem, qui est mort et ressuscité, et qui règne maintenant dans la plénitude de sa gloire jusqu’au jour où toute langue confessera et tout genou fléchira selon Philippiens 2:10-11.
Serge le prédicateur t’encourage




