Il existe dans l’église une confusion profonde sur la nature de l’autorité spirituelle. Certains la cherchent dans des formules, des rituels, des titres ecclésiastiques ou des performances émotionnelles.
D’autres la nient entièrement en disant que les miracles appartiennent au premier siècle et ne s’appliquent plus aujourd’hui. Et beaucoup de croyants sincères se retrouvent entre ces deux extrêmes sans comprendre précisément ce que l’Écriture enseigne sur cette réalité.
Matthieu 10:1 est le texte fondateur sur cette question. Et le texte grec original de ce verset contient une révélation sur la nature de l’autorité spirituelle que nos traductions françaises restituent imparfaitement.
Une révélation qui change radicalement la façon dont on comprend ce que Jésus donne à ses disciples, comment il le donne, pourquoi il le donne et à quelles conditions on peut le recevoir et l’exercer authentiquement.
Le texte grec original de Matthieu 10:1
Le texte grec du Nouveau Testament dit : Καὶ προσκαλεσάμενος τοὺς δώδεκα μαθητὰς αὐτοῦ ἔδωκεν αὐτοῖς ἐξουσίαν πνευμάτων ἀκαθάρτων ὥστε ἐκβάλλειν αὐτὰ καὶ θεραπεύειν πᾶσαν νόσον καὶ πᾶσαν μαλακίαν, kai proskalesamenos tous dôdeka mathètas autou edôken autois exousian pneumatôn akathartôn hôste ekballein auta kai therapeúein pasan noson kai pasan malakian.
Traduction mot à mot : et ayant appelé à lui ses douze disciples il leur donna autorité sur les esprits impurs pour les chasser et pour guérir toute maladie et toute infirmité.
La version Darby traduit : et ayant appelé ses douze disciples il leur donna autorité sur les esprits impurs pour les chasser et guérir toute maladie et toute langueur. La version Martin dit : et ayant appelé ses douze disciples il leur donna puissance sur les esprits impurs pour les chasser et pour guérir toute maladie et toute infirmité. Et la version Segond dit : Jésus ayant appelé ses douze disciples leur donna le pouvoir de chasser les esprits impurs et de guérir toute maladie et toute langueur.
Toutes ces traductions sont correctes mais aucune ne peut rendre toute la profondeur que le mot grec central porte dans son étymologie et dans sa signification précise. Ce mot c’est ἐξουσία, exousia.
Premier mot clé : ἐξουσία (exousia), l’autorité déléguée
Le mot ἐξουσία, exousia, Strong G1849, est le cœur de tout le verset et de toute la révélation qu’il contient. Il apparaît 103 fois dans le Nouveau Testament et il est chaque fois traduit par autorité, pouvoir, droit, juridiction ou liberté selon le contexte. Mais son étymologie révèle une profondeur que ces traductions n’épuisent pas.
ἐξουσία est composé de deux éléments. La préposition ἐκ ou ἐξ, ek ou ex, qui signifie hors de, à partir de, provenant de, issu de, ayant sa source dans. Et le substantif οὐσία, ousia, qui dans la philosophie grecque et dans la théologie chrétienne désigne l’essence, la substance, l’être réel, ce qu’une chose est dans sa réalité la plus profonde et la plus authentique.
ἐξουσία désigne donc littéralement ce qui provient de l’essence, le pouvoir qui jaillit de l’être réel de celui qui le possède et qui le donne. Ce n’est pas une autorité artificielle ou empruntée. Ce n’est pas un titre honorifique sans substance réelle. C’est une autorité qui découle de ce qu’est réellement celui qui la possède et de la source de laquelle elle provient.
Et cette autorité est par définition une autorité déléguée. Elle appartient à quelqu’un qui en est la source et elle est transmise à quelqu’un d’autre qui en devient le représentant et l’exécuteur. C’est une juridiction déléguée, un droit transmis, une compétence accordée par une autorité supérieure à une autorité inférieure pour agir en son nom et selon sa volonté.
L’exousia que Jésus donne à ses disciples en Matthieu 10:1 est une autorité qui provient de son essence divine, qui lui appartient originellement et souverainement, et qu’il choisit de déléguer à ses disciples pour qu’ils agissent en son nom avec son autorité. Pas avec leur propre autorité. Avec la sienne.
La distinction fondamentale entre exousia et dunamis
Pour comprendre pleinement ce que Matthieu 10:1 dit il faut distinguer ἐξουσία, exousia, d’un autre mot grec également traduit par puissance ou pouvoir dans nos Bibles. Ce mot est δύναμις, dunamis, Strong G1411, racine du mot français dynamite et dynamisme.
δύναμις, dunamis, désigne la puissance en elle-même, la force, la capacité, l’énergie qui permet d’accomplir quelque chose. C’est la puissance brute, la force disponible, l’énergie spirituelle ou physique. C’est la puissance de l’Esprit Saint en Actes 1:8 vous recevrez une puissance, δύναμιν, dunamin, le Saint Esprit survenant sur vous. C’est la force qui accomplit les miracles.
ἐξουσία, exousia, en revanche désigne non pas la force brute mais le droit légal et souverain d’exercer cette force. C’est l’autorité, la juridiction, la permission souveraine d’agir dans un domaine précis. Ce n’est pas ce que tu peux faire physiquement ou spirituellement. C’est ce que tu as le droit légal et souverain de faire en vertu d’une délégation reçue d’une autorité supérieure.
La différence est illustrée parfaitement par l’analogie du centurion romain en Matthieu 8:9. Il dit à Jésus moi aussi je suis un homme soumis à une autorité, ἐξουσίαν, exousian, et j’ai des soldats sous mes ordres et je dis à l’un va et il va et à l’autre viens et il vient. Le centurion a une exousia déléguée par Rome. Ses soldats ont la dunamis, la force physique pour agir. Son exousia commande leur dunamis. Il n’a pas besoin de se battre lui-même. Son autorité déléguée fait agir la force des autres.
Et Luc 10:19 combine les deux mots dans le même verset de façon révélatrice. Jésus dit voici je vous ai donné l’autorité, ἐξουσίαν, exousian, de marcher sur les serpents et les scorpions et sur toute la puissance, δύναμιν, dunamin, de l’ennemi et rien ne vous nuira. L’exousia du disciple s’exerce sur la dunamis de l’ennemi. L’autorité déléguée de Jésus est supérieure à la puissance brute de Satan.
En Matthieu 10:1 Jésus ne donne pas simplement aux disciples une dose d’énergie spirituelle ou une force surnaturelle. Il leur donne une juridiction, un droit légal et souverain, une délégation d’autorité royale qui leur permet d’agir en son nom avec toute l’autorité qui lui appartient. C’est une différence fondamentale qui change tout dans la façon dont on comprend et on exerce cette autorité.
Le verbe ἔδωκεν (edôken) : la donation délibérée et souveraine
Le verbe ἔδωκεν, edôken, est l’aoriste actif de δίδωμι, didômi, donner. Et chaque détail grammatical de ce verbe est révélateur.
L’aoriste indique un acte ponctuel et définitif. Pas un processus continu. Pas une chose qui se développe progressivement. Un acte accompli à un moment précis par une décision consciente et délibérée.
L’actif indique que Jésus est le sujet agissant. C’est lui qui donne. Pas les disciples qui prennent ou qui méritent ou qui développent. C’est Jésus qui choisit souverainement de donner cette exousia.
Et le sujet de ce verbe est précis. C’est Jésus qui appelle ses disciples à lui, προσκαλεσάμενος, proskalesamenos, ayant appelé à lui, avant de leur donner. Il les convoque d’abord dans sa présence. La proximité avec lui précède la donation de l’autorité. Ce n’est pas une autorité distribuée de loin. C’est une autorité donnée dans la relation proche et personnelle avec Jésus.
L’exousia n’est pas quelque chose qu’on prend. C’est quelque chose qu’on reçoit. Elle vient d’une décision souveraine et délibérée de Jésus qui choisit de la donner à ceux qu’il a d’abord appelés dans sa présence.
La portée de cette exousia : sans limitation ni restriction
Le texte précise avec une clarté remarquable la portée de cette exousia dans deux domaines distincts et complémentaires.
Premièrement πνευμάτων ἀκαθάρτων, pneumatôn akathartôn, des esprits impurs. Le génitif pneumatôn, des esprits, exprime une juridiction complète et totale sur ce domaine. L’autorité est sur les esprits impurs, pas simplement contre eux. C’est une domination souveraine et non un combat d’égaux.
Et le mot ἀκαθάρτων, akathartôn, impurs, vient de καθαρός, katharos, pur, précédé du privatif α. Les esprits qui ne sont pas dans l’ordre de la pureté divine. Les esprits qui se sont séparés de la sainteté de Dieu. Et l’exousia donnée par Jésus s’exerce sur tous ces esprits sans distinction ni limitation.
Deuxièmement θεραπεύειν πᾶσαν νόσον καὶ πᾶσαν μαλακίαν, therapeúein pasan noson kai pasan malakian, guérir toute maladie et toute infirmité. Le verbe θεραπεύειν, therapeúein, guérir, est la racine du mot thérapie. Et les deux adjectifs πᾶσαν, pasan, toute, sans exception et sans restriction, appliqués aux deux substantifs νόσον, noson, maladie, et μαλακίαν, malakian, infirmité ou langueur, expriment une portée universelle et sans limitation.
Pasan noson, toute maladie. Pas certaines maladies. Pas les maladies mineures. Toute maladie. Pasan malakian, toute infirmité. Pas certaines infirmités. Toute infirmité. La répétition délibérée du mot toute est une affirmation de l’absence de toute restriction dans la portée de cette exousia.
La source de cette exousia : Matthieu 28:18
Pour comprendre d’où vient l’exousia que Jésus donne à ses disciples en Matthieu 10:1 il faut lire Matthieu 28:18 où Jésus dit après sa résurrection : toute autorité, πᾶσα ἐξουσία, pasa exousia, m’a été donnée dans le ciel et sur la terre.
Toute exousia appartient à Jésus. C’est la déclaration la plus complète de la souveraineté universelle du Christ ressuscité. Pas une partie de l’autorité. Pas l’autorité dans certains domaines. Toute autorité dans le ciel et sur la terre. Et cette toute exousia inclut naturellement l’autorité sur les esprits impurs, sur les maladies, sur la mort, sur tout ce qui s’oppose à la volonté de Dieu.
Et immédiatement après cette déclaration Jésus dit allez donc. L’exousia totale qu’il possède fonde le allez donc de la mission. Et il dit en Matthieu 10:1 qu’il donne, ἔδωκεν, une partie de cette exousia à ses disciples pour qu’ils aillent. La délégation est partielle au sens où les disciples ne possèdent pas l’exousia en eux-mêmes. Mais elle est totale dans son efficacité au sens où c’est bien toute l’autorité de Jésus qui agit quand ses disciples l’exercent en son nom.
Le précédent de l’Ancien Testament : שְׁלִיחַ (shaliach) en hébreu
La réalité que le grec exprime par ἐξουσία, exousia, avait une correspondance précise dans la culture juridique hébraïque du premier siècle. C’est le concept de שְׁלִיחַ, shaliach, l’envoyé, le délégué, le représentant autorisé.
Dans le droit rabbinique hébreu le shaliach était quelqu’un à qui on confiait une mission avec pleine autorité de représentation. Un shaliach pouvait agir au nom de celui qui l’envoyait avec la même autorité légale que s’il était lui-même présent. La formule rabbinique disait שְׁלוּחוֹ שֶׁל אָדָם כְּמוֹתוֹ, shelukho shel adam kemoto, l’envoyé d’un homme est comme lui-même.
Et Jésus lui-même utilise cette logique en Jean 13:20 quand il dit en vérité en vérité je vous le dis celui qui reçoit celui que j’enverrai me reçoit. Recevoir le shaliach de Jésus c’est recevoir Jésus lui-même. Et agir comme shaliach de Jésus c’est agir avec son autorité pleine et entière.
Quand Jésus donne l’exousia à ses disciples en Matthieu 10:1 il les constitue comme ses shaliachim, ses envoyés autorisés, ses représentants légaux devant les esprits impurs et les maladies. Et l’autorité qu’ils exercent est celle de Jésus lui-même agissant à travers eux.
Les conditions pour recevoir et exercer cette exousia aujourd’hui
Cette analyse du grec original révèle plusieurs conditions claires et documentées pour tout croyant qui cherche à marcher dans cette exousia aujourd’hui.
La première condition est la relation personnelle et réelle avec Jésus. En Matthieu 10:1 Jésus appelle ses disciples à lui avant de leur donner l’exousia. La proximité précède la donation. Et Actes 19:13-16 illustre dramatiquement les conséquences d’une tentative d’exercer cette autorité sans la relation réelle.
Des exorcistes juifs itinérants utilisent le nom de Jésus comme une formule et l’esprit répond je connais Jésus et je connais Paul mais vous qui êtes-vous. L’exousia n’est pas une formule magique. Elle est une réalité qui appartient à ceux qui ont une relation réelle avec Jésus.
La deuxième condition est la mission. Jésus donne cette exousia dans le contexte précis de l’envoi en mission. Elle est donnée pour le service, pour l’extension du royaume, pour la libération des captifs. Pas pour la gloire personnelle du disciple. Pas pour une démonstration de puissance. Pour la mission que Jésus confie.
La troisième condition est la foi. Matthieu 17:20 dit à cause de votre peu de foi quand les disciples ne peuvent pas chasser un démon. L’exousia est réelle et objective. Mais elle s’exerce à travers la foi qui croit réellement à l’autorité reçue. Le disciple qui doute de son autorité ne peut pas l’exercer efficacement même si Jésus la lui a donnée.
La quatrième condition est le nom de Jésus comme fondement de l’exercice de cette autorité. Actes 3:6 dit au nom de Jésus-Christ de Nazareth lève-toi et marche. Marc 16:17 dit en mon nom ils chasseront les démons. L’exousia appartient à Jésus. Elle s’exerce en son nom. Le disciple est le canal. Jésus est la source.
La cinquième condition est la vie dans la sainteté selon les commandements de Dieu. Car l’exousia est une réalité du royaume de Dieu et elle s’exerce depuis le royaume. Et le royaume est défini par l’obéissance aux commandements selon Apocalypse 14:12 les saints qui gardent les commandements de Dieu et la foi de Jésus.
Une vie dans la transgression délibérée des commandements de Dieu affaiblit le fondement depuis lequel l’exousia est exercée.
Ce que cela dit au croyant d’aujourd’hui
Ce que Matthieu 10:1 révèle sur l’autorité spirituelle n’est pas une réalité limitée aux douze apôtres du premier siècle. Marc 16:17-18 dit ces miracles accompagneront ceux qui auront cru. En mon nom ils chasseront les démons. Ils imposeront les mains aux malades et les malades seront guéris. Jean 14:12 dit celui qui croit en moi fera aussi les œuvres que je fais et il en fera de plus grandes parce que je m’en vais au Père.
L’exousia que Jésus donne à ses disciples en Matthieu 10:1 est la même exousia qu’il continue de donner à ceux qui croient en lui, qui marchent avec lui, qui sont envoyés par lui pour sa mission. Elle n’appartient pas aux apôtres comme un privilège exclusif. Elle appartient à Jésus et il la délègue à tous ceux qu’il envoie dans la mission.
L’autorité de miracles et de prodiges que Jésus donne à ses disciples n’est pas une énergie mystérieuse à canaliser. Ce n’est pas une compétence spirituelle à développer par l’expérience. Ce n’est pas un titre ecclésiastique à obtenir.
C’est une exousia déléguée par Jésus lui-même à ceux qu’il appelle à lui, qu’il envoie en mission et qui agissent en son nom avec la foi en son autorité souveraine sur toute la création. Toute maladie. Tout esprit impur. Sans exception et sans limitation selon la parole de celui à qui toute autorité a été donnée dans le ciel et sur la terre.
La suite est disponible ici : https://sergelepredicateur.fr/comment-recevoir-lautorite-sur-les-esprits-impurs-et-les-maladies-la-priere-fondee-sur-matthieu-101/
Serge le prédicateur t’encourage




