Une précision nécessaire avant d’aller plus loin. Quand la Bible parle de « la loi », elle parle du Pentateuque, des cinq livres de Moïse, avec ses ordonnances cérémonielles, ses lois civiles, ses rites de purification, ses sacrifices, ses fêtes, ses distinctions alimentaires.
Ce régime-là appartient à l’alliance mosaïque. Il a été donné à Israël pour une époque précise de l’histoire de la rédemption, et il s’est accompli en Christ.
Les Dix Commandements sont d’une tout autre nature. Ils ne sont pas une subdivision de la loi mosaïque. Ils sont la loi morale éternelle de Dieu. Ils traversent toutes les alliances sans s’effacer dans aucune.
Ils existaient avant Abraham, avant Moïse, avant Israël, parce qu’ils ne sont pas une ordonnance historique. Ils sont le reflet de ce que Dieu est. Et ce que Dieu est ne change pas.
C’est cette distinction que beaucoup n’ont jamais vue. Et c’est précisément cette distinction que l’apôtre Paul opère lui-même, non pas dans deux épîtres différentes, non pas dans deux chapitres séparés, mais dans deux versets consécutifs, l’un immédiatement après l’autre.
Entrons maintenant dans ces deux versets.
« Pour ceux qui étaient sous la loi, comme si j’étais sous la loi, afin de gagner ceux qui sont sous la loi, pour ceux qui sont sans loi, comme si j’étais sans loi, bien que je ne sois pas sans loi envers Dieu, mais soumis à la loi de Christ, afin de gagner ceux qui sont sans loi. » 1 Corinthiens 9:20-21
Il y a des textes dans l’Écriture qui se lisent en deux temps. Des textes où le premier verset pose, et où le second verset répond. Non pas pour contredire, non pas pour s’opposer, mais pour achever la pensée, pour en retirer toute ambiguïté possible, pour fermer la porte à tout malentendu avant même qu’il n’ait le temps de naître.
Les versets 20 et 21 de 1 Corinthiens 9 sont de cette nature. Ils ne se font pas face comme deux adversaires. Ils se tendent la main comme deux témoins du même message. L’un parle, l’autre précise. L’un ouvre, l’autre scelle. Et c’est précisément dans ce mouvement en deux temps que se trouve une révélation d’une profondeur extraordinaire sur la loi de Dieu.
Le verset 20 pose une réalité qui pourrait être mal comprise.
Paul écrit : « Pour ceux qui étaient sous la loi, comme si j’étais sous la loi. » Il dit qu’il s’est adapté, qu’il a rejoint les personnes encore liées au régime mosaïque dans leur cadre de référence, qu’il a parlé leur langage, qu’il est entré dans leur monde pour les atteindre.
C’est une déclaration de souplesse missionnaire. Mais cette déclaration, lue seule et mal comprise, pourrait laisser croire que Paul est un homme sans ancrage, un homme qui se plie à toutes les lois selon les circonstances, un homme qui vit finalement en dehors de toute loi fixe. Et c’est exactement ce danger que Paul a vu venir.
Alors le verset 21 arrive, non pas comme une opposition, mais comme un éclaircissement chirurgical.
Avant même que le lecteur ait eu le temps de formuler le malentendu, Paul le coupe. Il écrit : « Pour ceux qui sont sans loi, comme si j’étais sans loi, bien que je ne sois pas sans loi envers Dieu. » Regardez la structure de cette phrase.
Paul dit qu’il s’est fait comme sans loi pour atteindre ceux qui sont sans loi, et immédiatement, dans la même phrase, sans reprendre son souffle, il ajoute cette parenthèse décisive : « non que je sois sans loi quant à Dieu. »
Ce « non que » en grec, mē ōn anomos, n’est pas une pensée secondaire. C’est le cœur du verset. C’est Paul qui se lève lui-même comme témoin contre toute lecture antinomiste de sa propre liberté.
Ce que ces deux versets révèlent ensemble, c’est une distinction que beaucoup n’ont jamais vue.
Paul utilise le mot « loi » dans les deux versets, mais il ne parle pas de la même réalité. Au verset 20, quand il dit « sous la loi », il parle de la loi mosaïque dans sa dimension nationale, cérémonielle et civile, ce régime particulier donné à Israël, avec ses sacrifices, ses purifications, ses fêtes, ses distinctions alimentaires, ses ordonnances liées à l’identité du peuple élu.
C’est ce régime-là que Christ a accompli et clôturé. C’est de ce régime-là que le croyant est affranchi, non parce qu’il était mauvais, mais parce qu’il était une ombre, et que l’ombre n’a plus de raison d’être quand la réalité est arrivée.
Mais au verset 21, quand il dit qu’il n’est pas « sans loi quant à Dieu », il parle d’une tout autre loi. Il parle de la loi morale, du Décalogue, de ces Dix Commandements qui n’appartiennent à aucune époque particulière de l’histoire de la rédemption, qui ne sont pas nés au Sinaï, qui ne sont pas morts à la croix, parce qu’ils ne sont pas une invention historique mais l’expression du caractère éternel de Dieu lui-même.
Voilà ce que les deux versets lus ensemble nous révèlent : il y a une loi dont le croyant est affranchi, et il y a une loi dont le croyant ne sera jamais affranchi.
Et Paul les distingue non pas dans deux lettres différentes, non pas dans deux chapitres séparés, mais dans deux versets consécutifs, l’un immédiatement après l’autre, comme pour s’assurer que personne ne pourra jamais utiliser sa théologie de la grâce pour justifier une vie sans loi morale.
Les Dix Commandements ne sont pas nés au Sinaï
C’est ici que la révélation s’approfondit encore. Si la loi morale était simplement une partie de la loi mosaïque, elle serait tombée avec elle. Mais elle n’est pas tombée, parce qu’elle n’est pas une ordonnance historique.
Elle est le reflet de ce que Dieu est. Pourquoi Caïn savait-il que tuer était mal, avant que Moïse soit né ? Pourquoi Joseph a-t-il refusé l’adultère en disant « comment pécherais-je contre Dieu ? », des siècles avant que le septième commandement soit gravé dans la pierre ?
Pourquoi Abraham est-il loué pour avoir obéi aux commandements, aux statuts et aux lois de Dieu, bien avant le Sinaï ? Parce que la loi morale est aussi ancienne que Dieu. Elle précède Israël. Elle précède Moïse. Elle précède même la création, parce qu’elle est dans la nature même de Celui qui a créé.
Jésus lui-même l’a confirmé avec une solennité qui ne laisse aucune place au doute.
« Ne pensez pas que je sois venu abolir la loi ou les prophètes. Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Car je vous le dis en vérité, avant que le ciel et la terre passent, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu’à ce que tout soit arrivé. » Matthieu 5:17-18.
Et immédiatement après, il approfondit les commandements, il va à la racine, il montre que la loi morale ne concerne pas seulement les mains mais le cœur, pas seulement les actes mais les pensées, pas seulement le comportement visible mais les motivations les plus secrètes de l’âme.
Ce n’est pas un homme qui abolit la loi morale. C’est un homme qui la révèle dans toute sa profondeur.
La grâce n’est pas venue supprimer la loi morale, elle est venue l’accomplir en nous et pour nous.
C’est le mystère de la nouvelle alliance que Jérémie avait prophétisé des siècles à l’avance : « Je mettrai ma loi dans leur esprit, je l’écrirai dans leur cœur. » Jérémie 31:33.
Remarquez que Dieu ne dit pas qu’il supprimera sa loi. Il dit qu’il changera le support. Il ne grave plus sur des tables de pierre. Il grave dans les cœurs.
La loi morale n’est pas abolie dans la nouvelle alliance, elle est intériorisée, elle est rendue vivante, elle est accomplie non plus par la force de la volonté humaine mais par la puissance de l’Esprit Saint qui habite le croyant.
Il faut le dire avec force aujourd’hui
Parce que le message qui circule dans beaucoup d’assemblées est un message de grâce sans sainteté, de liberté sans frontières, de pardon sans transformation. On annonce un Christ qui sauve mais on oublie d’annoncer un Christ qui sanctifie. On parle de liberté mais on a confondu la liberté avec le libertinage.
On a pris l’affranchissement du régime de la loi pour un affranchissement de la loi de Dieu elle-même. Et c’est exactement contre cette confusion que Paul s’élève, non pas dans une épître de morale, mais au cœur même de son enseignement sur la liberté et la grâce.
« Quoi donc ? Pécherons-nous parce que nous sommes sous la grâce et non sous la loi ? Loin de là ! » Romains 6:15. La grâce ne nous donne pas le droit de pécher. Elle nous donne la puissance de ne plus pécher.
Ce que ces deux versets nous disent à chacun de nous, aujourd’hui.
Tu n’es plus sous la loi comme régime de justification. Amen. Tu n’as pas à offrir de sacrifices. Tu n’as pas à observer les fêtes lévitiques. Christ a tout accompli pour toi, une fois pour toutes. C’est l’évangile. Ne laisse personne te remettre sous ce joug.
Mais tu n’es jamais sans loi quant à Dieu. Le mensonge reste un péché. L’adultère reste un péché. L’idolâtrie reste un péché. Le meurtre reste un péché. Honorer ses parents reste un commandement.
Garder saint le jour du Seigneur reste une réalité vivante. Non parce que l’Ancien Testament te le réclame, mais parce que le caractère éternel de Dieu ne change pas, et que l’Esprit Saint qui habite en toi en témoigne dans ta conscience chaque jour.
La grâce ne t’a pas affranchi de la sainteté. Elle t’a affranchi pour la sainteté
Lis le verset 20. Puis lis le verset 21. Relis-les ensemble. Laisse-les se répondre l’un à l’autre dans ton cœur. Et tu entendras Paul te dire avec toute la clarté de l’Esprit : je suis libre du régime de la loi, mais je ne serai jamais, jamais libre de la loi de mon Dieu.
« Je mettrai ma loi dans leur esprit, je l’écrirai dans leur cœur, et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. » Jérémie 31:33.
Serge le prédicateur t’encourage ![]()




