Frères et sœurs, un frère a récemment commenté : faut-il absolument invoquer Dieu et Jésus par leurs noms hébraïques pour que notre foi soit vraie ?
Sa question soulève des points d’exégèse, d’étymologie et de piété pratique que nous devons traiter clairement pour édifier et convaincre.
Voici une réponse détaillée, pédagogique et pastorale, destinée non seulement à lui, mais à toute la communauté.
1) Distinction essentielle : étude linguistique ≠ condition de salut
L’étude des langues originales (hébreu, grec, araméen) est précieuse : elle nous aide à saisir le sens exact des textes et à lever des ambiguïtés.
Mais savoir l’étymologie d’un mot n’équivaut pas à définir la relation que nous avons avec Dieu.
La foi biblique repose sur la personne que nous invoquons, sa personne, son œuvre, son caractère, et sur la réponse du cœur (repentance, foi, obéissance).
La prononciation d’un mot n’est pas un sacrement ni un talisman.
C’est là qu’il faut faire attention car beaucoup tombent dans une forme de superstition mystique.
2) Étymologie et histoire du mot « Dieu »
Le mot français « Dieu » dérive du latin Deus, qui est l’équivalent du grec Theos. Ces termes servent à désigner l’être suprême dans les langues indo-européennes.
L’hébreu biblique emploie des termes comme Elohim, YHWH, Adonaï, El Shaddaï, chacun révélant un aspect du caractère divin.
Les langues humaines traduisent et adaptent ces noms pour rendre la révélation intelligible au peuple. Dire « Dieu » en français, c’est parler du même Être révélé dans les Écritures, adapté à notre langue. Le mot n’est pas intrinsèquement profane : il prend sens par la référence qu’on lui donne.
3) Ce que montre la pratique biblique (traduction & adaptation)
Lorsque les Écritures ont été rendues en grec (et plus tard en latin, puis dans les langues modernes), les traducteurs ont utilisé des équivalents linguistiques. Le Nouveau Testament, rédigé en grec, emploie Theos (Dieu) et Kurios (Seigneur) plutôt que la forme hébraïque du tétragramme.
Cela signifie que les auteurs bibliques eux-mêmes ont transmis la révélation en adaptant les noms à la langue de leurs lecteurs, sans perdre l’identité du Dieu révélé. Si Dieu n’était accessible que par une prononciation hébraïque spécifique, la mission aux nations n’aurait pas de sens.
4) Exégèse d’Actes 14:11–12 : le cas de Lystre
Le passage rapporte la réaction des habitants de Lystre après un miracle : ils s’écrient que les dieux sont descendus parmi eux et appellent Barnabas « Jupiter (Zeus) » et Paul « Mercure (Hermès) ». Points clés :
Le mot grec utilisé pour « dieux » est theoi (pluriel). Dans ce contexte il désigne les divinités païennes du panthéon grec.
Les habitants identifient les agents du miracle à leurs dieux locaux : c’est une interprétation païenne d’un événement divin. Ils confondent la puissance de Dieu avec leurs propres représentations religieuses.
Le même terme grec Theos peut désigner soit une idole soit le vrai Dieu, selon le contexte et la personne référée (par ex. Theos au singulier dans Jean 1:1 désigne la vraie divinité).
Conclusion exégétique : ce texte montre que le mot seul ne garantit pas la vérité ; c’est l’identité de la personne invoquée et la compréhension théologique qui importent.
Les habitants de Lystre utilisaient un mot de leur vocabulaire religieux pour parler d’un événement surnaturel, mais leur interprétation restait erronée quant à la nature du Dieu manifesté.
5) Sur la déclinaison de “Zeus” (point linguistique utile)
En grec ancien, Ζεύς (Zeús) se décline ainsi (forme simplifiée) :
Nominatif : Ζεύς (Zeus)
Génitif : Διός (Dios)
Datif : Διί (Dii)
Accusatif : Δία (Dia)
Ces formes expliquent des dérivés linguistiques (latin Deus, espagnol Dios). Mais attention : ressemblance de forme ≠ identité religieuse.
L’usage chrétien des racines linguistiques indo-européennes pour désigner le Dieu biblique consiste à réorienter et purifier le sens originel, non à adorer les anciens dieux.
6) Pourquoi certains insistent sur les noms hébraïques ?
Plusieurs raisons expliquent cette insistance :
Un désir sincère d’authenticité et de proximité avec les origines bibliques.
Une mauvaise compréhension qui glisse vers le légalisme : croire que la prononciation détient une efficacité spirituelle ou rituelle.
Une méfiance face aux traductions (peur que la vérité soit perdue dans la langue).
Réponse robuste : le désir d’authenticité est louable, mais il devient dangereux s’il transforme la foi en un test phonétique. La Parole invite à connaître Dieu par sa révélation, sa personne et ses œuvres, non par une formule sonore.
7) Objections courantes et réponses bibliques
Objection : « Dieu s’est révélé sous un nom précis ; pourquoi le changer ? »
Réponse : Dieu s’est révélé par des actes, des promesses et des noms qui expriment son caractère. La révélation a été transmise à travers des langues différentes : la vérité demeure même si la forme linguistique change.
Objection : « Le tétragramme (YHWH) est sacré ; il doit être prononcé. »
Réponse : Le tétragramme exprime l’identité de Dieu, mais la sanctification du nom implique respect, obéissance et vie sainte, non la seule prononciation. L’Écriture met l’accent sur la relation, pas sur une magie phonétique.
Objection : « Traduire le nom, c’est le profaner. »
Réponse : Traduire permet la compréhension. Respecter Dieu, c’est Lui rendre la place due par la vie conforme à sa Parole. Un mot traduit, employé avec adoration et fidélité, devient un instrument de louange, pas de profanation.
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Applications pastorales et communautaires
Enseignement : encouragez l’étude des langues originales, elles éclairent l’exégèse, mais insistez que la foi ne repose pas sur la prononciation d’un mot.
Proclamation : utilisez les mots que comprend votre auditoire pour rendre la vérité accessible. La mission est de traduire la Parole dans les cœurs autant que dans les langues.
Pastorale : accueillez ceux qui ont des préférences (certains aiment dire des formes anciennes) sans en faire une norme. Veillez à ce que la préférence ne devienne pas un critère d’appartenance.
Discipline spirituelle : mesurons la piété aux fruits (amour, justice, fidélité), pas à la perfection phonétique.
9) Points pratiques pour convaincre et édifier
1. Montrez l’exemple : dans vos cultes et vos enseignements, employez la langue compréhensible et reliez toujours le terme utilisé à la Bible (qui est la référence).
2. Expliquez l’histoire : présentez brièvement la chaîne de transmission des noms (hébreu → grec → latin → langues modernes) pour lever la crainte de « perte » de la vérité.
3. Faites de l’exégèse : prenez un passage comme Actes 14 et démontrez comment le même mot peut désigner l’idole ou le vrai Dieu selon le contexte.
4. Encouragez l’humilité : reconnaître l’utilité de l’étymologie mais ne pas en faire une pierre d’achoppement.
5. Affirmez la priorité du cœur : la foi, la soumission et l’obéissance sont les signes de la vraie relation avec Dieu.
10) Conclusion : un appel à la foi mûre
Chers amis, notre confiance ne repose pas sur une prononciation, mais sur Celui qui révèle, sauve et sanctifie. Que chacun puisse être libre d’employer la langue qui lui permet d’adorer authentiquement. Que la communauté protège la vérité sans céder au légalisme linguistique, et qu’elle accueille avec patience ceux qui doutent, en leur fournissant enseignement, preuves scripturaires et accompagnement spirituel.
« Ce n’est pas la langue qui touche Dieu, mais le l’amour et l’obéissance. »
Serge le prédicateur t’encourage ![]()




